14/09/2009

Sarane Alexandrian a rejoint Breton et Nougé

60 jours.jpgSarane Alexandrian est décédé ce week-end. Il avait bien vécu, du haut de son grand âge et de sa sagesse distante, lui qui avait eu l'honneur suprême de se faire excommunier par Breton comme tous les vrais surréalistes. Je ne pourrais écrire ici son éloge funêbre car je n'ai lu qu'un seul de ses livres, mais je l'avais trouvé particulièrement lumineux.

Comme un phare de moto dans la nuit. Ou un vers luisant au milieu du fumier.

"60 romans au goût du jour et de la nuit" publié par Fayard en 2000 est un inventaire d'idées et de synopsis de romans à écrire, avec une propension de l'auteur à reprérer ce qui n'a pas encore été ni fait, ni tenté ni réussi. A l'heure où les blogs multiplient les recettes pour aider les auteurs à se faire publier (les pires comme les meilleures), je recommande chaudement la lecture de ce traité qui n'est certainement pas le bon guide pour trouver un sujet vendeur mais permet, justement, de retrouver les traces du roman ambitieux, littéraire, simplement différent.

Alexandrian était d'une génération où on ne parlait de soigner l'image d'un écrivain mais tout simplement de préserver celle, bien plus sacrée, de la littérature, cette discipline magique où les mots font autre chose que vendre et communiquer.

Je ne sais pas si le livre est encore disponible. Il me semble en tout cas très recommandable en guise d'hommage.

14/07/2008

Gaston Compère s'en est allé, poète et romancier

compère.jpgGaston Compère n'écrira plus. Sûr qu'il publiera encore, il devait avoir des tiroirs pleins d'histoires et de poèmes que personne n'a encore lu.

Tout de suite me revient ce souvenir, du temps où avec les Eperonniers on publiait "Nuit de ma nuit"; l'éditrice de la maison, Lysiane d'Hayere, disait à longueur de journée : "Il publie trop, Gaston, quand il ne sera plus là, il aura tellement publié que personne n'aura le courage de le lire parce qu'on ne saura par où commencer." Les éditeurs de la vieille école sont comme ça, ils préfèrent les auteurs rares, qui facilitent le cheminement des lecteurs. Les nouveaux éditeurs, eux, exigent leurs sortie annuelle et se foutent pas mal de la littérature. Ils aiment les avalanches et les diarhées.

Compère était d'une autre école, celle où l'on retrouve ceux qui ont tant d'histoires à raconter qu'ils ne peuvent jamais s'arrêter, jusqu'à ce que la faucheuse décide à leur place de mettre un terme à leur carrière.

Pas à leur oeuvre, rassurons-nous : les auteurs sont immortels, ils survivent à travsers chacun de leurs lecteurs.

C'est décidé, pour mon voyage en Belgique, dans deux jours, je glisse un bouquin de Gaston Compère dans mon sac à dos. Si ça peut contribuer à lui offrir un peu d'éternité, c'est bien le moins que je puisse faire. Et nous pouvons tous contribuer à faire mentir l'éditrice des Eperonniers. Dans les multiples bouquins de Compère, il y en a au moins un qui est prêt à nous parler au creux de l'oreille et laisser couler sa petite musique terrible.