Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/03/2010

Paul Nougé plus (im)pertinent que jamais

Les années passent et la pertinence de certains textes poétiques ne faiblit pas.

 

Il y a quelques semaines, lors d'une sorte de nettoyage de fin d'hiver, j'ai sorti sur le trottoir devant la maison, sur la place centrale du village, un fameux fatras, dont deux panneaux qui reprennent, en fac simile, deux poèmes de Paul Nougé. Pour ceux qui ne connaissent pas le recueil "La publicité transfigurée" de Paul Nougé, je ne peux que les renvoyer à ses oeuvres complètes publiées à l'Âge d'homme (sous le titre "L'expérience continue") ou à l'indispensable anthologie parue en poche dans la collection espace Nord (moins joliment intitulée "Fragments"). En deux mots, ce sont des poèmes présentés comme des publicités de l'entre-deux guerres.

 

Autant dire que ces deux panneaux ont perturbé la vie du village. Les voiture ralentissaient en traversant la place, les vieux s'arrêtaient et, après lecture des panneaux, repartaient pour le moins perplexes. "Ils sont fous, ces Belges", murmuraient-ils sans doute, imaginant peut-être que j'étais l'auteur de ces panneaux.

 

Ce n'est pas tant le bordel - pourtant impressionnant - qui inquiétait les passants, c'étaient les mots. N'est-ce pas la meilleure preuve, à quelques jours du Printemps des Poètes, que la poésie ne prend pas une ride et traverse les siècles ? Ce serait réjouissant.

Blonouge2.jpg

 

11:25 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : paul nougé, surréalisme, écriture, publicité, pub, poésie, citation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

24/10/2008

Largo Winch surfe sous la crise financière

largo.gifLe surf, ce n'est pas trop mon truc, mais j'imagine qu'il doit y avoir un terme pour raconter qu'un gars et sa planche se retrouvent non pas tout au-dessus de l'immense vague mais juste dedans, en dessous, qu'ils se la prennent sur la gueule, droit sur leurs beaux cheveux longs qui volètent en vaguelette et leur menton carré dessiné au Rotring.

C'est ce qui arrive en ce moment à Largo Winch.

Pas tellement au héros mais à son équipe marketing.

Pour lancer le nouvel album, qui sort le 5 novembre, un jeu en ligne a été mis en place, sans doute planifié depuis de longs mois (il faut préparer un site web puis, pour ce projet en particulier, mettre au point une collaboration avec l'institut de sondages IPSOS). Une équipe complète de jeunes types aux dents longues, qui rêvent tous de ressembler un jour à Largo, ce qui signifie sans doute à leurs yeux avoir plein de fric, une belle bagnole et séduire les femmes à un rythme digne de SAS, a bossé jour et nuit sur ce plan média et marketing. Je vous en livre la version officielle communiquée à la presse pour qu'elle le relaie vers le grand public :

Avec l’institut de sondage IPSOS, partenaire de ce jeu, DUPUIS invite le joueur à se mettre dans la peau d’un trader pour pronostiquer les ventes hebdomadaires de l’album.

Toutes les semaines, pendant les 8 semaines de la durée du jeu, le chiffre des écoulements hebdomadaires de la semaine précédente sera publié sur le site : www.winwithwinch.com

Ce chiffre, communiqué par IPSOS, correspond aux ventes constatées sur un échantillon représentatif du parc des librairies en France.

Tous les joueurs possèdent une action du groupe W. La valeur de cette action augmentera d’autant plus vite que leur pronostic s’approche du chiffre de vente constaté pour la semaine.

Tout ça pour quoi ?

A l’issue des 8 semaines de jeu, les 120 meilleurs traders pourront participer au tirage au sort du jeu et gagner de nombreux lots, dont un week-end de milliardaire pour 2 personnes.

Voilà qui est plus clair, on doit tous avoir les mêmes fantasmes de fric et de poules de luxe, pendant un week-end, s'entend, le slogan du concours va d'ailleurs dans ce sens : « Gagnez un week-end de milliardaire ! » annonce-t-il fièrement.

Pas de quoi être fier, à vrai dire, quand la campagne médias se lance en pleine débâcle financière, alors que l'on découvre, avec stupéfaction, que les traders se sont précisément mis à vendre et acheter n'importe quoi, en ce compris des créances sur des crédits hypothécaires pourris.

Est-ce que chez Dupuis on lit parfois un journal autre que Spirou ? Je ne parle pas des équipes rédactionnelles et des auteurs, pour lesquelles j'ai non seulement du respect mais surtout de l'admiration, mais des équipes marketing qui oublient, me semble-t-il, que les consommateurs (eux ne parlent jamais de lecteurs, à mon avis, on doit être des cibles, à leurs yeux et pas grand chose d'autre) sont aussi et avant tout des humains et que, de nos jours, ils ne portent plus les traders et les milliardaires très haut dans leur estime.

Reste à espérer que les libraires raccrocheront au nez des sondeurs de chez Ipsos au nom de la décence humaine.

On ne sait jamais, on peut rêver...

08:06 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : largo winch, marketing, dupuis, pub, concours, bd, sondage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer