21/12/2009

L'homme de l'année 2009 devrait être une femme

homme femme wc g.jpgC'est de saison, la fin d'année approche et, comme le veut la tradition, les Liégeois sont appelés à voter pour le candidat de leur choix, parmi une sélection de 25 personnalités, classées en 5 catégories. Les cinq personnes les plus plébiscitées (une par catégorie) seront ensuite départagées par une brochette de journalistes (issus des trois rédactions qui organisent l'événement : le quotidien La Meuse, l'hebdo gratuit Vlan-Spectacles et la télé locale RTC). J'ai volontairement tout accordé au féminin parce qu'on a beau frôler la fin de première décennie du XXI siècle, la place publique reste horriblement dominée par... les hommes. Sur 25 candidats sélectionnés pour l'élection du Liégeois 2009 (sic), il y a royalement (ou républicainement ou principautairement, comme on voudra, on est à Liège, tout de même) : 3 femmes.

Oh, là, là, c'est un détail, diront certains.

Oui, bien sûr, toute cette élection n'est qu'un détail et un petit jeu pour stimuler le plaisir de vivre au même endroit (ou presque) et la fierté locale (ce qui n'est pas un mal en soi). Oui, bien sûr, les votes populaires par Internet et par coupon-réponse sont aussi fiables que les études sur les énergies renouvelables financées par le lobby nucléaire. Oui, bien sûr, il n'y a pas de quoi fouetter une chatte ou réveiller les chiennes de garde, mais tout de même, ce n'est guère réjouissante. Catégorie exploits, économie et société : pas une seule femme. Les 3 bienheureuses sélectionnées sont deux sportives (une équipe de handball et une judoka) et une actrice de cinéma.

Je ne tire pas de conclusions, il n'y a pas besoin de le faire, le constat est déjà suffisamment triste ainsi.

Et le hasard de l'agenda fait que j'avais reçu une invitation à boire un pot avec des vieux amis lors de mon retour à Liège pour les fêtes de fin d'année. Quand j'ai répondu, tout content, que nous étions libres le soir proposé ma femme et moi, un ami m'a répondu que c'était une sortie "entre mecs". Comme s'il fallait avoir une bite et deux couilles pour boire des verres dans un café, comme si le taux de testostérone changeait  quelque chose à l'ambiance de ce genre de nuit qui s'enfonce toujours dans la même direction, de toute façon, au bout du compte. Je me suis rendu compte après coup que le message n'avait pas été envoyé à toute la bande d'amis mais juste aux mâles parmi ceux-ci. Je n'avais pas remarqué car je ne soupçonnais même pas que l'on puisse penser et agir comme cela.

J'ai répondu tout simplement que je ne viendrais pas. Mes amis n'ont pas de sexe, je ne couche pas avec eux : je parle, je rigole, je bois, je refais le monde et je me démonte, je peux finir dans un sale état mais je ne peux en aucun cas être assez con pour penser qu'un sexe se porte mieux quand on l'isole de l'autre. J'ai subi ça pendant douze années d'études, ça m'a suffi.

Dans la vie d'adulte, je suis pour la mixité.

PS : Et si vous souhaitez avez envie que je sois élu Liégeois de l'année, c'est tout simple et ça prend deux minutes. Vous allez sur le site http://www.liegeois2009.be vous vous inscrivez et vous pouvez ensuite voter pour qui vous voulez (je suis sélectionné pour ma part dans la catégorie culture mais vous êtes libre de voter comme ça vous amuse, surtout pour une judoka ou une équipe de handball). Chaque voix compte. Merci pour la vôtre !

14/12/2009

De retour sur ce blog à la saison des prix

rossel34.jpgLes semaines passent et les mois filent, je ne suis plus très assidu sur ce blog. Et pour cause, mon dernier roman entraîne dans son sillage une cascade d'heureuses conséquences, dont je n'aurais jamais imaginé ni qu'elles se produisent ni qu'elles prennent tant de temps.

Et tout d'un coup, le bienheureux village, sis au coeur des vignes quelque part entre Toulouse et la Méditerranée, au bord du Canal du Midi, semble bien éloigné de Paris, de Liège et de Bruxelles où l'on m'appelle pour un oui ou un non. J'ai bien du mal à refuser une invitation à la télé, à la radio, une visite dans un école ou un prix littéraire qu'on offre à mon roman. Je prends le train de nuit et je fonce, en me tournant sur une épaule puis l'autre pour amortir le roulis des boggies et je m'enfonce dans un sommeil sans rêves car dès le réveil ce sont eux, précisément qui se réalisent...

Le Prix Rossel des Jeunes, un passage dans une émission littéraire sur TF1, un long entretien en direct sur le Mouv' (la radio que j'écoute à longueur de journée), un tournage pour le JT de France3 dans les anciennes forges de Cockerill à Marchienne-au-Pont, des tas de rencontres étonnantes et émouvantes, c'est tout cela qui s'enchaîne depuis septembre, me laissant à peine le temps de préparer la suite des aventures (heureusement, j'avais pris de l'avance et bouclé deux romans pour enfants avant que celui-ci ne voie le jour).

Je ne passe déjà pas beaucoup de temps à la maison, je n'ai pas envie de délaisser la famille pour le blog, je me contente de publier tout ce qui me tombe sous la main sur Facebook et de courir.

Alors qu'il y a tant de trucs à raconter, voilà que je me tais (pour une fois).

Mais là, dans le train, je vais en profiter pour reprendre mon souffle et rapporter ici quelques images que je garde en tête.

La traversée à pied de la Sambre depuis la gare de Charleroi-Sud vers Marchienne-au-Pont, le long de voies rapides puis d'anciennes rues ouvrières où les vitrines ont été murées et les murs barbe lés, il fait froid, venteux, je finis par trouver la rue de la Providence (un nom pareil ne s'invente pas) et les bâtiments de Rockerill, rachetés par deux allumés à Usinor avant que Mittal ne liquide le tout au moins regardant. Les bâtiments n'ont pas bougé. Dans un immense hangar où le vent s'engouffre et la pluie perce goutte à goutte, d'anciennes forges arborent leurs cheminées imposantes et rouillées, le long de vieux rails à l'abandon. Ici on ne fait plus que la fête, celle de la musique et des expos, on forge des idées et des projets, à défaut de travailler le métal comme jadis. Sur les établis, entre une pile d'étuis à violon et un tatou en fer forgé, des rats et des chats naturellement momifiés sont exposés au bout de longues broches. Les racheteurs les ont trouvés dans cet état, ensevelis sous les monceaux de crasse. Face à la caméra, je réponds aux questions plus que pertinentes d'un journaliste qui a fait la route depuis Nancy pour tourner dans ce lieu qu'il apprécie. Ce n'est qu'à la fin du tournage qu'il se rend compte qu'on n'a pas de son du tout sur l'enregistrement. On reprend tout au début. Tout sauf la marche à pied sous la pluie depuis la gare, une fois suffit.

Je garde en mémoire aussi le moment où je marche à Liège le long des Terrasses, juste sorti d'une interview radio dans la cour de l'Évêché, et que je découvre trois messages sur mon répondeur. C'est la rédaction du Soir et mon éditeur. Nous sommes mercredi 2 décembre en toute fin de matinée, je marche vers la maison de repos où ma grand-mère paternelle passe sans doute les denières journées de sa belle et longue vie. Le téléphone sonne à nouveau, pour m'annoncer que « L'homme qui valait 35 milliards » a remporté le Prix Rossel des Jeunes. Je ne marche plus, je bondis. Il faut que je prenne le premier train vers Bruxelles. Je le prendrai mais j'ai une étape juste avant, pour annoncer la nouvelle à ma grand-mère, dans sa petite chambre sous les toits. Je voulais passer du temps avec elle et je dois la quitter pour la remise des prix, c'est elle qui me prie de filer au plus vite vers Bruxelles. J'ai juste eu le temps d'emporter dans le train l'image de son sourire tendu d'une oreille à l'autre et répété à l'infini par les plis de sa peau craquelée. Dans quelques semaines, disent les médecins, elle ne sera plus là. Je les laisse dire, moi je sais qu'elle a toujours été là quand je venais lui rendre visite. Elle n'est pas du genre à se défiler.

Enfin, je vois aussi cet instant magique où, après l'enregistrement de l'émission de Michel Field dans un lycée à Lille, on me recommande de monter dans la voiture qui emporte Marc Lavoine vers la gare. On cause un peu de l'enregistrement, il est content. Il me signale que ça lui a donné envie de lire mon roman et, pour me le prouver, il sort le livre de la poche de son grand manteau : il a empoché l'exemplaire qui était posé sur la table devant lui pendant l'émission ! Alors que les lycéennes fonçaient par grappes entières pour se faire photographier à ses côtés, lui ne perdait pas son temps, il pensait aux longues soirées d'hiver à venir, il alimentait sa bibliothèque. Quelle bonne idée.

N'empêche, il y a quelques années, lorsqu'on était invité dans une émission littéraire, on recevait les livres des autres invités pour préparer la discussion ou, à tout le moins, une liste des autres participants, à temps pour qu'on jette un oeil sur leurs textes. Aujourd'hui, on les invite sans préparation (il n'y a plus d'espace pour le débat et la discussion, chacun vient faire sa promo, de toute façon) et on les condamne à lire les livres ensuite, une fois qu'il est trop tard.

Trop tard ? Non, il n'est jamais ni trop tard ni trop tôt pour se plonger dans un livre.

La lecture, c'est le temps, tout simplement. Ni perdu ni retrouvé, le temps qui se fabrique, ligne après ligne et chapitre après chapitre.

Je vous laisse, mon train arrive en gare et j'ai foutrement faim.

Ah, oui, vite, avant de descendre, ce mardi 15 décembre, je passe en direct sur le Mouv' dans la Grande Scène avec Jean Zeid et Emilie à 18h. Youpie.

 

25/09/2009

Mon roman traduit en anglais... en six heures chrono !

hommequi.jpgLors des interviews à l'occasion de la sortie de mon roman, on m'a souvent posé la même question : "Avez-vous envoyé votre roman à Lakshmi Mittal ?" et j'ai chaque fois répondu que non, que je n'ai pas son adresse et que je ne le connais pas, que je ne vois pas pourquoi j'aurais dû lui envoyer mon livre en service presse (après tout, il n'est pas journaliste, que je sache). Quand on m'a demandé s'il l'avait lu et s'il avait réagi, j'ai répondu que je n'en savais rien et qu'il n'avait, jusqu'alors, pas pris contact avec moi.

Depuis hier matin, j'en sais un peu plus.

C'est la RTBF qui l'annonce ce jeudi matin aux infos régionales : la direction d'Arcelor a fait livrer un exemplaire de « L'homme qui valait 35 milliards » à Londres lors de sa sortie en Belgique et a fait traduire le livre en six heures en anglais pour le Président (qui n'est autre que Lakshmi Mittal, personnage du livre).

Cette info me laisse rêveur : 6 heures pour traduire 288 pages, cela tient de l'exploit ou de l'exploitation ! Un traducteur littéraire professionnel aurait obtenu 3 mois de délai pour réaliser ce travail. Qui donc a les capacités de traduire aussi vite ? Steve Austin, l'homme qui valait 3 milliards lui-même, lancé à fond de balle ? Pas même. La réalité est qu'en six heures on doit pouvoir concocter un résumé rapide et repérer les passages les plus intéressants pour la première fortune d'Angleterre. Ceux qui parlent du personnage qui porte son nom, en d'autres termes.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Lire c'est bien. C'est très bien, même. Utiliser cette lecture comme excuse pour ne pas relancer l'activité sidérurgique, c'est autre chose.

Voici l'extrait du journal parlé de 7 h30, du jeudi 24/9/2009, où Michel Grétry raconte la réunion de comité de suivi entre direction et syndicats la veille chez ArcelorMittal à Liège. Il explique qu'on a surtout parlé de l'image de marque du site liégeois d'ArcelorMittal dans les médias pour le moment :

"C'est que les Liégeois n'ont pas bonne presse en haut-lieu. L'état major de la multinationale est chatouilleux comme dans toute société cotée en bourse, il cherche à contrôler l'information, soit. Mais cette volonté prend des formes insoupçonnées (...), lors de la parution du livre "L'homme qui valait 35 milliards", un roman surréaliste qui imagine l'enlèvement du grand patron en personne d'ArcelorMittal, l'ouvrage aurait été commandé et apporté le jour-même au siège londonien de la firme et le texte traduit en quelques heures pour que le Président puisse en prendre connaissance. Vraie ou fausse, l'anecdote a servi d'argument pour justifier les hésitations d'ArcelorMittal à s'investir en Région wallonne. Un bouquin peut-il vraiment bloquer une coulée d'acier? C'est difficile à croire. Il serait temps sans doute de revenir à des logiques plus industrielles."

Après vérification auprès de plusieurs journalistes, les sources concordent : la direction d'ArcelorMittal fait croire que la sortie de mon roman (le 27 août 2009, faut-il le rappeler) est un des éléments qui empêchent la réouverture des sites sidérurgiques liégeois aujourd'hui ! Je suis sidéré.

Suis-je le seul à me souvenir que la fermeture de la phase à chaud dans le bassin liégeois a été annoncée officiellement dès 2003 par ArcelorMittal et que la société n'a jamais vraiment changé de cap depuis. La réouverture ? Mais c'est de la poudre aux yeux pour éviter une réaction des ouvriers dans la rue. On les licencie par tranche d'un millier pour éviter l'affrontement et diviser les troupes. La stratégie est vieille comme le licenciement mais elle marche toujours.

Mon roman serait responsable de la fermeture des haut-fourneaux décidée 6 ans avant sa sortie ?

Comme quoi, on peut faire partie du management d'un groupe sidérurgique et confondre des notions aussi simples que la cause et la conséquence !

Non, mon roman n'a pas provoqué la fermeture mais l'annonce de la fermeture a par contre mis en branle l'envie de l'écrire...

 

20/09/2009

L'Homme qui valait... dans L'Est Républicain

Beaucoup de radio et de télé ces derniers jours où l'on parle de "L'homme qui valait 35 milliards" : commes les liens sont périssables rapidement, je préfère ne pas les afficher ici (vous pouvez toujours les trouver sur mon profil Facebook, bienvenue à toutes et tous). Voici par contre un bel article signé Michel Vagner et publié dans l'Est républicain à l'occasion du salon "Le livre sur la Place" à Nancy.

Bonne lecture !

Est-Républicain Michel Vagner 16 09 09.jpg

15/09/2009

Encore une blogueuse pillée par la presse

L'homme qui valait 35 milliards.jpgLa rentrée littéraire, c'est l'avalanche de bouquins, je veux bien.

La presse écrite, c'est la pression permanente pour boucler les articles à temps, je le comprends.

"L'homme qui valait 35 milliards" est un gros roman, il est un peu plus difficile à cerner que la publication annuelle d'Amélie Nothomb, je l'admets.

Mais de là à ce que la presse écrite se permette de pomper, par simple copier-coller, des phrases entières de la critique publiée par une blogueuse, tout de même, il y a un fossé que seule une absence totale de déontologie permet de franchir.

C'est ce qui est arrivé ce matin.

D'un côté, il y a la critique publiée par Carine Pires sur le blog Boookomaton, le 29 juillet, bien avant la sortie du roman. Ce fut même la première critique publiée au sujet de ce livre. De l'autre, il y a un article publié ce matin dans le quotidien belge "La Libre Belgique", sous le titre "Un enlèvement presque parfait" et signé Julie Gillet. Et entre les deux, il y a plus que des similitudes.

Je ne vais pas les relever ici par le menu, je vous renvoie à l'article publié sur Bookomaton, qui souligne et relève les similitudes qui ne sont tout sauf des coïncidences.

Je vous tiens au courant des suites, si cela vous amuse.

Le minimum, en tout cas, me semblerait de réclamer un droit de réponse pour que le journal cite la véritable source de l'article.

Ce qui m'étonne, ceci dit, c'est qu'en dehors de ces phrases entièrement pompées ailleurs, il en y a aussi quelques autres rédigées par la journaliste elle-même, notamment au sujet de la place de Liège dans le roman. La journaliste a donc lu le roman mais ça ne l'a pas empêchée de piller un article disponible en ligne. Pas une simple question de paresse ou de temps qui presse, donc, mais un vrai problème de déontologie sur laquelle on s'assied. Et c'est de plus en plus fréquent...

Et vous ? Ça vous choque ou pas, ces méthodes de plagiat (en tout cas de citation sans guillemets et citer la source) ?

 

08/09/2009

Article dans l'Indépendant

Voici l'article paru dans l'Indépendant la semaine dernière (comme leurs archives sont périssables, je double le contenu ici, cela me sert d'archive en ligne).

Enlèvement

Ancion, l'auteur belge, fait kidnapper un milliardaire !

© L'independant

© Photo Ch. Barreau

Nicolas Ancion, écrivain belge installé à Caux-et-Sauzens, vient de publier un nouveau roman. "L'Homme qui valait 35 milliards" raconte l'enlèvement d'un certain Lakshmi Mittal, roi de l'acier...
C'est une maison aux volets bleus, remplie de jouets, sur la paisible place de la Poste, dans le non moins paisible village de Caux-et-Sauzens. D'une sympathie toujours débordante et l'humeur toujours joviale, Nicolas Ancion, l'auteur belge, reçoit son convive. Ne vous fiez pas aux apparences : cet homme nourrit des plans machiavéliques... Son dernier roman, L'Homme qui valait 35 milliards, raconte l'enlèvement du roi mondial de l'acier, le milliardaire indien Lakshmi Mittal, par un artiste contemporain, un travailleur précaire et un chômeur qui se font passer pour des journalistes.

Le dernier d'entre eux a d'ailleurs perdu son emploi à la suite de la fermeture d'un haut-fourneau de Liège, propriété de l'homme d'affaires."C 'est un roman engagé mais sur le ton de l'humour et du loufoque", prévient l'auteur.
Le néo-libéralisme
et ses aberrations

Nicolas Ancion entend ainsi d énoncer, dans son style, le néo-libéralisme et ses aberrations. "Le seul critère de l'évolution, c'est l'argent. Et on voit que c'est un système qui part en c...", commente le néo-Cauxois.
Ce roman a été pensé par l'auteur en 2007 alors que la crise que nous connaissons n'avait pas pointé son nez.
A cette époque-là, Lakshmi Mittal était la quatrième fortune du monde avec 45 milliards d'euros. D'ailleurs, le premier titre de l'ouvrage était intitulé L'homme qui valait 45 milliards.
Cette crise n'épargnant pas les riches, l'auteur a dû revoir l'intitulé avec le nou veau montant de la fortune du roi de l'acier en 2008... Laquelle, paraît-il, s'est à nouveau réduite cette année à 11 milliards d'euros... Mais cette fois-ci, le titre n'a pas été revu.
La sortie de ce roman a fait la "une" des journaux radio à Liège, ville natale de l'auteur.
Il est vrai que cette agglomération wallone subit les conséquences de la crise : 9 000 emplois ont été perdus dans la sidérurgie "alors que le chômage était déjà élevé", précise Nicolas Ancion. Actuellement, le haut-fourneau, propriété de Lakshmi Mittal, est arrêté...
Malheureusement, il s'agit bien d'une réalité et non de l'imagination débordante d'un romancier belge.
L. C.
"L'Homme qui valait 35 milliards", aux éditions Luc Pire Grand Miroir. Dans toutes les librairies depuis le 27 août.
La bande-annonce de la sortie du roman est en ligne sur Youtube.


38 ans et 6 romans

Originaire de Liège, en Belgique, Nicolas Ancion, 38 ans, est installé depuis deux ans avec sa famille à Caux-et-Sauzens. Il est l'auteur de six romans pour adultes, de nombreux recueils de nouvelles (dont "Nous sommes tous des playmobiles") et de plusieurs ouvrages pour la jeunesse.

Le romancier est également critique de bandes dessinées.

25/02/2009

Toutes mes excuses à Jean-Paul Belmondo

jean-paul_belmondo-natty-450.jpgJe dois présenter toutes mes excuses à Jean-Paul Belmondo. Au cours de l'émission du Jeu des dictionnaires diffusée aujourd'hui sur le Première, radio de la RTBF, j'ai évoqué Jean-Paul Belmondo et ses deux chihuahuas.

Quelle erreur ! (Quelle horreur aussi, à vrai dire, un homme qui exhibe un chien comme Séguéla sa Rolex !)

Ce n'est pas Belmondo qui craque pour les chihuahuas, c'est Paris Hilton.

Bébel, lui, c'est un Yorkshire qu'il exoposait aux regards des photographes, comme cette photo le prouve. On en voit même deux, je n'avais donc pas tout oublié de mes lectures chez le coiffeur, du temps où je ne me faisais pas tondre à domicile.

Me voici donc, contraint et contrit, réduit à présenter mes excuses les plus plates à l'As des As.

Bon, si vous souhaitez écouter les autres conneries que j'ai certainement lâchées pendant cet enregistrement, elles sont baladodiffusées ici et vous pouvez les downloader gratos (après un beau néologisme, rien de tel qu'un bon anglicisme pour rappeler que la langue française n'est heureusement pas insensible aux charmes des langues voisines).

Amusez-vous bien, ceci dit.

06/02/2009

Nicolas Ancion : qui c'est celui-là ?

Ce n'est pas moi qui pose la question, c'est le site TodayInLiège.

Et il y répond, d'ailleurs, ce site d'info quotidienne sur ce qui fait bouger la Cité Ardente.

A quelle occasion ? Pour l'enregistrement du Jeu des Dictionnaires et la sortie de Retrouver ses facultés.

24/01/2009

La Libre a bon goût et Géraldine aussi

llb.jpgLa Libre Belgique a bon goût ce matin : la preuve est ici.

Et le blog de Géraldine aussi. Vous vous demandez qui est Géraldine ? Alors allez y voir de plus près, vous n'êtes jamais qu'à un clic de là !

Puis Philippe Leuckx également, qui fut le tout premier à commenter ce recueil. Si vous êtes sur Facebook, vous pouvez sans doute lire ceci.

Et si, vous aussi, vous avez lu, feuilleté, parcouru, dévoré "Retrouver ses facultés" et que vous avez des choses à en dire, en bien, en mal, ou juste pour déconner, n'hésitez pas, les commentaires sont ouverts.

05/12/2008

Ecrire Bruxelles

tram-bruxelles.jpgEn fouillant mon vieux PC, je suis tombé sur ce texte écrit il y a quelques années pour un supplément du journal "Le Soir" consacré à Bruxelles. Comme il est introuvable à ce jour, je le republie ici, pour le plaisir. Bonne lecture

 

Je n’habite plus Bruxelles. Je ne marche plus sur le boulevard Anspach les bras chargés de sachets GB, je ne monte plus dans le pré-métro pour rejoindre le parvis de Saint-Gilles, mon numéro de téléphone ne commence plus par 02 et je ne rêve plus de trouver un rez-de-chaussée avec jardin pour y emménager un jour. J’ai quitté Bruxelles définitivement, et, après avoir habité Madrid pendant deux ans, je suis à présent installé pour de bon sur les hauteurs de Liège. Pourtant, il faut bien que je l’admette : les quelques kilomètres carrés compris à l’intérieur de la petite ceinture, ceux-là même qui, vus du ciel par un pigeon féru de géométrie ressemblent à un pentagone irrégulier, sont le décor de la plupart des histoires que j’écris aujourd’hui. Est-ce un paradoxe ? Pas vraiment. Bruxelles est une ville étrange et complexe : elle me fascine autant qu’elle me repousse. Je la hais autant qu’elle m’obsède. Peu de ville, au fond, offrent un décor pareil pour développer des récits de fiction.

C’est que Bruxelles concentre à présent toutes les tares et les déséquilibres qui tissent la société d’opulence et de progrès dans laquelle nous sommes, bon gré mal gré, plongés dans ce coin de l’univers. On brasse, en effet, plus d’argent à Bruxelles que dans tout le reste du pays, on y croise plus de gens puissants, plus de preneurs de décisions et de forgeurs d’opinions que dans le reste du continent. La plupart des habitants sont venus s’installer dans notre capitale pour des raisons professionnelles, comme on choisit le fond d’écran de son PC et la sonnerie de son portable, parce qu’il faut bien. Ils ne sont que des pions perdus dans un jeu de société dont les règles ne sont plus claires pour grand monde : est-ce un simple Monopoly ? Un Qui est-ce ? grandeur nature ou un Destin dont le parcours a été embrouillé par un malade mental ? Allez savoir ! Demandez-le peut-être aux milliers de laissés pour compte, déchets de ce jeu sans pitié, de ce même rêve imposé, inemployables, inemployés, venus du bout du monde pour déprimer sur des trottoirs glacés, nés dans la ville mais dans une mauvaise famille, réduits à nettoyer les chiottes, à regarder la télé, à jouer au tiercé, à tenter de ne pas se piquer et de ne pas sombrer dans la bière, de ne pas battre leur femme, de ne pas se faire voler le lecteur de DVD, de ne pas s’endetter trop et de ne pas faire de bruit la nuit pour ne pas attirer les emmerdes. Eux aussi jouent au grand jeu, sur le même plateau, et non seulement ils ne connaissent pas les règles mais on dirait qu’ils n’ont pas souvent accès aux dés. Bruxelles est peut-être ça : un interminable plateau de jeu dont on a perdu le mode d’emploi.

Elle est simplement le résultat effarant de ce que deviennent les villes et les sociétés quand on les laisse aux mains de ceux qui les détestent, quand on remplace la gestion de l’espace et de l’intérêt publics par le tapis rouge pour les investisseurs et le profit privé. Bruxelles est le plus grand zoning industriel du pays. Un zoning de luxe : territoire de bureaux et d’institutions, de représentations commerciales et d’ambassades, où tous les ploucs du monde viennent revendiquer leurs idées et leurs intérêts. En se foutant pas mal du type qui est assis avec ses sachets plastique dans le couloir du métro, et encore plus, de tous ceux qui, invisbles, les joues mal rasées et les aisselles moites, sont terrés dans leurs appartements pourris à attendre que rien ne se passe.

Dans cette société qui ressemble à un train fou, lancée à toute vitesse sans conducteur ni destination finale, Bruxelles est simplement un des endroits où les choses vont le plus vite. Petite ville de province bombardée capitale de l’Europe, siège de l’Otan et souffre-douleur des querelles communautaires, Bruxelles est le résultat concret du manque d’amour de ce siècle qui démarre. Personne n’aime cette ville. Personne ne lui veut du bien. Personne ne la défend car personne n’y tient.

C’est terrible à dire, mais c’est à cause de tout cela que j’aime écrire sur Bruxelles. J’aime les laissés pour compte, les ratés, les mal-aimés. Bruxelles est une ville humaine, pleine de défauts et de maladresse, grandie trop vite, négligée, mal rasée, contradictoire et explosive. Ca me plaît de tenter de lui rendre justice, de dépasser l’image glacée de la Grand-Place fleurie pour parler de ce qu’il y a vraiment derrière : des gens qui rêvent de changer le monde et qui n’y arrivent pas, des types qui voudraient changer leur vie et n’y parviennent pas non plus, des humains qui se débrouillent, tant bien que mal, pour concilier leurs problèmes et le train-train qui les mine, qui espèrent finir le mois hors du rouge, rêvent de retrouver leurs gosses, leur pays. Bruxelles fourmille d’un million d’aventures solitaires qui se croisent dans la grande ville et ne se rencontrent jamais.

Il fut une époque où les artistes allaient vivre à Paris ou à New York, villes phares de la culture et du pouvoir. C’était dans un autre siècle, un autre millénaire. Je pense qu’aujourd’hui, Bruxelles est une des villes qui bougent vraiment. Une des villes qui font bouger les gens. Certainement pas dans les lieux où le pouvoir s’affiche, pas dans les hémicycles et les grandes assemblées, non, dans des ateliers et dans des têtes remuantes, venues à Bruxelles parce qu’il s’y passe des choses. Parce qu’on y danse, parce qu’on y peint, parce qu’on y chante, parce qu’on y écrit. Parce qu’on peut y rencontrer le monde entier ou presque, dans une toute petite ville de province. Parce qu’on n’y gagne pas la célébrité et l’argent. Parce que ceux qui sont venus s’y installer, ceux qui y font étape et ceux qui les accueillent ont autre chose dans la tête que des petits mouvements de pions et des règles obscures. Ils luttent tous les jours contre l’apathie galopante, contre la ville mal aimée, pour faire naître un peu de rêve dans un monde déprimé. Cette énergie est la plus grande richesse de Bruxelles. Celle qui incitera le voyageur à faire étape, le romancier à écrire, le citoyen à espérer.

Avec mes histoires, j’essaie juste de montrer que j’aime cette ville que je déteste. N’a-t-on pas inventé un nom pour parler de cela ? Abruxellation, tout simplement. Inventé à Bruxelles en 2000. Rien que pour ce mot-là, la ville mérite d’être célébrée.

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