12/02/2013

Ernest, premier pape belge et héros d'un roman que je n'ai pas écrit

En octobre dernier, les éditions ONLiT BOOKS publiaient mon roman « Le pape a disparu » en version numérique. Ce n'était pas le premier avatar de ce texte. Les lecteurs très fidèles, dotés d'une excellente mémoire, se souviendront peut-être que j'avais publié ce roman, par épisodes hebdomadaires, sur le défunt site de Luc Pire Electronique, entre 2000 et 2002.

Pendant dix ans, le manuscrit a dormi dans le disque dur de mes différents ordinateurs. Et pour cause : je n'avais pas les droits de diffuser ce texte. En effet, je n'en suis pas l'auteur.

Voilà, c'est dit. Vous pouvez arrêter ici la lecture et retourner à vos occupations favorites.

 

Pourquoi et comment je n'ai pas écrit « Le pape a disparu »

Pendant mon adolescence, j'ai beaucoup lu. J'ai notamment dévoré de nombreuses aventures de Sylvie, hôtesse de l'air, publiée dans la collection Marabout Mademoiselle par le très prolifique René Philippe. Sylvie, hôtesse de l'air de profession, était une jeune fille un peu naïve mais très dynamique qui vivait des aventures mouvementées, qui n'avaient rien à envier à celles, plus musclées et exotiques, que vivait Bob Morane, son pendant masculin, chez le même éditeur. C'était la littérature pour ados des années 60, j'en ai hérité quinze ans plus tard et l'ai dévorée avec grand plaisir.

Quand je suis retombé, un peu par hasard, à la fois sur un stock de livres des aventures de Sylvie soldé dans une vente de bibliothèque ET sur un ordinateur équipé d'un scanner et d'un logiciel de reconnaissance optique, une idée a germé dans ma tête : pourquoi ne pas scanner tout le texte d'un roman de René Philippe et le réécrire. J'ai très vite choisi une des toutes premières aventures de l'hôtesse de l'air et je me suis mis au travail. D'emblée, l'idée de remplacer l'héroïne par un autre personnage s'est imposée. Et qui, mieux qu'Ernest 1er, pape belge un peu naïf, pour remplacer la jeune Sylvie ?

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Un héros peut en cacher une autre

Voilà comment je n'ai pas écrit « Le pape a disparu ». J'ai réécrit tout le texte en changeant le héros, en triturant l'histoire pour qu'elle puisse coller au rythme de vie du Souverain Pontife et à ses amours secrètes pour le cardinal Vertupoint. D'un roman pour jeunes filles catholiques, on aboutit à un roman délirant pour lecteurs numériques.

Il faut que je remercie très vivement ici les enfants de René Philippe, sur lesquels j'ai réussi à retomber grâce à des pages de fans consacrées aux éditions Marabout. Ils m'ont très gentiment autorisé à publier mes délires et se sont montrés ravis que les romans de leur père soient encore bien vivants dans l'imaginaire de certains lecteurs.

 

Un pape belge ?

La question d'actualité, évidemment, est de savoir si le prochain pape s'appellera Ernest ou non.
Vous voulez mon opinion à ce sujet ?

Je m'en fiche. J'écris de la fiction, si la réalité lui court après, tant mieux. Elle ne la rattrapera jamais car l'imaginaire a toujours deux ou trois longueurs d'avance.

 

Enfin, un petit résumé du roman, pour vous allécher

Toujours ardent, enthousiaste, prêt à se lancer dans les plus folles aventures, le premier pape belge, Ernest Ier, est un héros moderne et dynamique dont les aventures palpitantes font rêver bien des jeunes filles. Et bien des jeunes hommes… Cette fois, cependant, le Pape semble s'être laissé entraîner trop loin. Son attitude insolite inquiète ses amis et bouleverse son confident, le Cardinal Vertupoint. Le Pape se voit soupçonné d'hypocrisie et même surveillé par la police. Et brusquement, alors que tout semble rentrer dans l'ordre, surgit la catastrophe : le Pape a disparu !

Le Pape a disparu n'est pas un simple roman, c'est un dérapage contrôlé permanent qui relit et réinvente la littérature pour jeunes gens telle qu'on l'écrivait dans les années 50.

"Le pape est belge, il est jeune et c’est un mec sympa. Il accepte de transporter chaque semaine, entre la France et la Belgique, un médicament pour la mère de Mady. Un problème de douanes complique les soins de la pauvre malade. Et les douanes, le pape, vous pensez bien… Le pape est soupçonné de trafic de drogue, puis d’avoir vendu la mèche. Tout ce qu’il faut pour disparaître. Et réapparaître ensuite, après des aventures fantaisistes enlevées comme un court feuilleton." Pierre Maury - Le Soir

Là-dessus, je vous souhaite bonne lecture !

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03/10/2012

Le Pape a disparu : de retour sur vos écrans !

La littérature en ligne n'en est pas à ses balbutiements, loin de là. Il y a plus de dix ans, déjà, c'est-à-dire très précisément entre l'année 2000 qui achevait le millénaire précédent et l'an de grâce 2002 qui la suivit de peu, j'ai publié toutes les semaines ou presque, un nouvel épisode d'un roman-feuilleton intitulé « Le Pape a disparu ». On pouvait recevoir le texte par mail ou le lire sur le site Internet de Luc Pire Electronique, on pouvait même l'imprimer si on en avait envie, on faisait ce qu'on voulait, c'était du texte numérique...

Les années ont passé et l'éditeur Luc Pire Electronique a disparu dans les tréfonds du nuage numérique, ainsi que le site qui avait hébergé le roman. Le texte n'était plus disponible.

pape,roman,livre numérique,littérature,ebook,onlit,édition,rentrée littéraireDepuis hier, il fait son grand retour sur toutes les plate-formes de téléchargement, dans une toute nouvelle édition relue et corrigée, chez Onlit Editions (C'est d'ailleurs un plaisir pour moi de participer ainsi à la même rentrée littéraire numérique que Patrick Delperdange et Serge Coosemans, je le signale au passage.)


Qu'y a-t-il donc dans ce livre ?

« Le Pape a disparu » n'est pas un simple roman : c'est une version remixée d'un classique de la littérature pour adolescentes des années 50.

En musique, il est habituel de voir un tube réinterprété, trituré, malaxé par d'autres artistes, pour toucher de nouveaux publics. En littérature, le remix est beaucoup plus rare. Il est même exceptionnel.
Le respect du texte, la vénération de l'auteur, la sclérose générale dans laquelle la littérature se complaît empêchent de jouer avec les œuvres, de se les réapproprier.

Au mieux se permet-on aujourd'hui de rééditer les textes classiques avec de nouvelles couvertures ou de nouvelles illustrations, certains auteurs allant parfois jusqu'à - quelle hérésie ! - adapter des romans en bande dessinée !

A la fin du siècle dernier, j'ai eu envie, avec les moyens dont je disposais, d'aller un peu plus loin.

 

Comment peut-on remixer un roman ?

J'ai tout simplement pris un roman qui m'avait beaucoup plus quand j'étais ado, je l'ai scanné page par page, ce qui, je l'avoue m'a pris pas mal de temps. Je l'ai passé entièrement à la reconnaissance optique puis, à partir du fichier texte, je me suis laissé aller : j'ai changé le personnage principal et j'ai regardé ce qu'il advenait de l'histoire racontée.

Je n'ai donc pas entièrement écrit ce livre : je l'ai réécrit. À partir d'une trame, de personnages, de lieux, de phrases et de rythmes qui préexistaient.

Je me suis beaucoup amusé et j'ai l'impression que les lecteurs à l'époque de la diffusion en ligne s'amusaient beaucoup eux aussi.

 

Une nouvelle vie pour un texte disparu

Aujourd'hui, les moyens de diffusion numérique permettent de rendre ce roman accessible sur tous les appareils de lecture : sur votre téléphone, votre ordinateur, votre liseuse, votre tablette numérique.
Deux clics et c'est parti, pour 4,99 EUR le livre est à vous, vous pouvez le dévorer.

Le lire et le relire, le faire passer de votre tablette à votre PC, de votre smartphone en forme de pomme à votre vieux Commodore 64 tiouné.

Vous n'avez jamais lu de livre numérique ?

C'est l'occasion rêvée de vous y mettre car ce titre n'arrivera jamais en papier chez votre libraire.

 

Et les droits, là-dedans ?

Quand j'ai publié le roman-feuilleton en ligne il y a dix ans, je n'avais l'autorisation de personne : l'éditeur original avait fait faillite, l'auteur écrivait sous pseudonyme et était décédé, je n'avais aucun moyen d'entrer en contact avec les ayants-droit.

Puis le hasard d'un article en ligne, puis le site d'un collectionneur bien informé m'ont permis, via Facebook et les mails, d'entrer en contact avec les enfants de l'auteur. Je leur ai présenté mon projet, ils ont eu l'occasion de lire le texte, ils m'ont donné leur accord. Ce livre-ci n'est donc plus un bootleg mais un remix officiel.

Qu'ils en soient mille fois remerciés.

13/03/2011

Les ours n'ont pas problème de parking - résumé

C'est une des requêtes que je préfère, parmi celles que j'observe dans les statistiques de ce blog :

Les ours n'ont pas problème de parking - résumé

Existe-t-il une demande plus spécifique et plus transparente ?

J'imagine l'élève stressé, la veille du jour de l'interro, qui cherche à se débarrasser au plus vite de son devoir. Plutôt que lire les neuf histoires qui composent le recueil de nouvelles, il cherche si le web ne propose pas une solution clef sur porte.

Eh bien, non.

On ne trouve pas de résumé en ligne de ce recueil de nouvelles pour la raison toute simple qu'un recueil ne se résume pas. Ce n'est pas un roman. Il faudrait neuf résumés. Et résumer des nouvelles prend bien plus de temps que les lire, tout simplement.

Mais il se peut que l'élève stressé ait tout simplement oublié d'acheter le recueil (pourtant disponible dans toutes les librairies grâce à la version de poche publiée par Pocket), voilà qu'Internet peut désormais lui venir en aide !

 

coverours.jpg

 

"Les ours n'ont pas de problème de parking" sont désormais disponibles en ligne sur publie.net au prix de 3,49 EUR. On peut les lire instantanément sur son ordinateur, son téléphone intelligent (bon, ok, on dit Smartphone mais le sens est le même), sur son iPad ou sa liseuse, qui sait.

Et dans tous les cas, le texte est le même... Bonne lecture à toutes et tous !

 

12/03/2011

Thierry Crouzet - L'édition interdite

édition numérique, thierry Crouzet, numeriklivres, édition interdite, ebookJ'ai eu le plaisir de faire partie des tous premiers lecteurs de L'édition interdite de Thierry Crouzet (publiée par Numeriklivres). Thierry y développe de nombreuses idées au sujet de l'édition numérique et des changements de paradigme qu'elle entraîne.

 

Thierry Crouzet est enthousiaste de nature, ce qui est mon cas également, et je partage donc son point de vue optimiste sur bien des points ; en revanche, je ne le suis pas toujours dans certains raisonnements ultimes, que je trouve parfois trop absolus ou idéalistes.

 

Il les contredit lui-même à plusieurs reprises et ce n'est pas grave, car il a pris soin de mettre en exergue une belle citation de Walt Whitman pour rappeler que la contradiction fait partie intégrante de l'univers de tout auteur.

 

En outre, les commentaires des premiers lecteurs sont intégrés dans le texte lui-même, sous chacun des paragraphes numérotés, et ouvrent ainsi une discussion à plusieurs voix, où le lecteur peut choisir son camp (mieux encore, trouver un nouveau point de vue plus intéressant).

 

Comme un exemple vaut mieux qu'un long discours, voici trois extraits du texte, avec les commentaires qui les suivent :

 

32 20

En devenant capables de s’autopublier à coût nul,

les auteurs gagnent leur liberté. L’autopublication

électronique nous ramène au jardin d’Éden, quand

les auteurs n’avaient pas encore croqué la pomme

qui allait les ranger en deux catégories, ceux promus

aux Paradis et ceux condamnés aux Enfers.

 

20 [Ancion] Tout d’un coup, je me demande ce que tu entends par auteur.

Tous les adultes des pays développés qui ont achevé la scolarité obligatoire

(c’est-à-dire un peu plus de 80 % de la population) sont capables d’écrire,

d’exprimer des idées, de raconter des histoires, de noter des souvenirs. 80 %

de la population est-elle composée d’auteurs ? Je ne le pense pas du tout.

Un auteur n’est pas simplement quelqu’un qui écrit, pas plus qu’un architecte

n’est « un type qui dessine des maisons sur du papier ». Je ne pense pas

que la question trouve une réponse simple, je déteste en particulier la distinction

imposée par Barthes entre « écrivant » et « écrivain », et pourtant je

pense qu’il y à là une problématique fondamentale, en particulier en ces

temps de grand chambardement où tout le monde peut publier, commenter,

encenser… Ça mériterait en soi un essai, ce sujet-là. [Crouzet] Plus tard, je

dis que les lecteurs décident, c’est eux qui font les auteurs.

 

122 67

Quand un auteur s’autopublie, c’est souvent après

avoir essuyé le refus des éditeurs. Il est vexé, remonté

contre le système. Il peut finir par être enragé et

c’est ainsi qu’il rejoint la guérilla contre les structures

de domination.

 

67 [Ancion] Je ne suis pas d’accord avec ce point de vue. Je publie chez des

éditeurs depuis 1995 et je publie en ligne depuis 1998, j’étais dans le numérique

avant les éditeurs d’aujourd’hui (je fus même éditeur numérique pendant

trois ans, il y a 11 ans de cela), je n’ai jamais considéré l’édition numérique

comme une option qui s’ouvrait après le refus des éditeurs, c’est exactement

l’inverse. J’ai publié avec succès chez des éditeurs des textes déjà

disponibles gratuitement en ligne et personne n’a rien trouvé à y redire.

[Crouzet] Ton exemple ne contredit pas ce que je dis. Quelques auteurs sont

dans ton cas, la majorité des autres non. La plupart ne seront jamais édités

en ligne ou hors-ligne. Et ils en éprouveront un vif ressenti contre les structures

éditoriales.

 

132 69

J’éprouve plus de satisfaction quand je signe un

contrat avec un éditeur capitaliste qu’un éditeur réticulaire.

Le capitaliste me fait un chèque. Il m’offre

quelque chose qui est rare dans la société : l’argent.

Le réticulaire m’offre son temps, c’est-à-dire sa vie. Je

devrais lui accorder une valeur inestimable. Souvent

je n’y arrive pas. Je suis encore engluée dans l’ancien

paradigme que je réprouve.

 

69 [Ancion] C’est parce que tu n’as pas admis qu’un écrivain doit aussi être

autonome et chercher aussi sa réussite économique. Si tu admettais cela, tu

comprendrais pourquoi l’édition réticulaire n’est pas aussi gratifiante. Il lui

manque un pan commercial que tu refuses d’accepter, mais dont tu as besoin

pour vivre. Rien ne sert d’entretenir la douce illusion qu’on peut vivre

sans revenu… C’est le mythe que les éditosaures préfèrent : il leur permet de

ne pas rétribuer les auteurs, puisque ceux-ci n’oeuvrent que pour la gloire et

le bonheur d’écrire… [Crouzet] Si je vends un livre à un million d’exemplaires,

j’en serais heureux. L’argent n’est pas du tout sale pour moi, ni méprisable.

Au contraire, j’aime le luxe. Je ne néglige pas le pan commercial, je ne

veux pas qu’il soit prioritaire. C’est différent. D’ailleurs, il ne pourra jamais

être prioritaire que pour une minorité d’auteurs et cette minorité, à elle

seule, ne produira aucun glissement éthique. De plus, un éditeur réticulaire

peut au final me faire gagner autant d’argent qu’un éditeur capitaliste. Je ne

vois pas pourquoi à l’avenir l’ancien modèle resterait le plus profitable. C’est

juste qu’aujourd’hui la perspective d’une avance sur recette me donne l’illusion

d’un engagement plus fort, ce qui n’est pas nécessairement le cas. J’aimerais

me défaire de ce sentiment… pas de l’idée de gagner de l’argent.

 

 

Voilà trois extraits, lisez le reste du texte, vous y trouverez nombre d'idées stimulantes, j'en suis certain.

 

Ces idées m'ont d'ailleurs si bien stimulé que je prépare pour très vite un nouveau billet sur ce que devient, à mes yeux, le rôle d'un auteur à l'ère de l'édition numérique.

 

Encore un peu de patience...

Interview sur le livre numérique

J'ai répondu aux questions d'une étudiante de fin de secondaire au sujet du livre numérique.

Comme le texte était encodé, je me suis dit que ce serait une bonne idée de le partager.

C'est ce que je fais ici :-)

Et je remercie Marie Bragard pour ses questions. Bonne chance à elle pour son travail !

 

1- Pensez-vous que le rôle des auteurs va devoir évoluer dans l'avenir ?

 
Je pense que le rôle d’un auteur, de manière générale, est toujours d’évoluer et de réinventer leur travail. Les auteurs ne sont pas là pour répéter des formules toutes faites et des recettes connues. Les oeuvres qui me plaisent le plus, celles qui me marquent, comme lecteur, sont toujours celles qui innovent, qui trouvent une nouvelle façon de raconter, en littérature, en cinéma, en bande dessinée comme en théâtre.

L’arrivée du numérique offre une opportunité exceptionnelle : les recettes ne sont pas encore fixées, figées, il faut les créer en même temps que les oeuvres. Cela faisait longtemps que la littérature n’avait plus eu une telle opportunité de vraiment tout remettre à plat. A mes yeux, la dernière grande brassée de ce genre, c’est l’effervescence de la bande dessinée dans les années 1990, quand des auteurs ont tourné le dos à l’édition industrielle pour réinventer leur façon de faire de la littérature en images.

Littérature numérique, édition numérique, ebook, liseuses, écrire, nicolas ancion, interview2- Pensez-vous que le livre numérique soit une réelle menace pour le livre papier? Tend-il à le remplacer ou au contraire sont-ils complémentaires?

Le numérique est déjà bien en place et il a tué le livre papier dans certains secteurs, où le papier était plutôt un handicap, par exemple pour les modes d’emploi de logiciels (on ne les reçoit  plus que sur fichier, téléchargeable ou sur CD-Rom) ou la presse d’information rapide (presse  quotidienne mais surtout information sur l’actualité à chaud), et même pour l’édition scientifique et universitaire, où les lecteurs sont parfois nombreux mais répandus à travers le globe.

Le livre papier subsistera mais dans des niches, tant que le public sera prêt à acheter ce genre de support et que les éditeurs seront assez passionnés pour y consacrer leur énergie. Je vois bien la bande dessinée indépendante et la littérature pointue poursuivre la vente en librairie, pour un public restreint. Sans doute l’édition industrielle parviendra-t-elle encore à vendre des livres pour les vacances aux petits lecteurs. Mais les gros lecteurs passeront rapidement au numérique. Il ne faudra même pas une génération pour que la transition s’accomplisse.
  
3- En tant qu'auteur, comment vous placez-vous par rapport au numérique? Est-ce un avantage pour vous? Quels changements va-t'il opérer?

Je suis un optimiste et un aventurier. Ce sont deux bonnes raisons de me réjouir de l’arrivée du numérique. J’aime ce qui est nouveau et qui stimule l’imagination. Le numérique permet tout cela.

Les possibilités sont infinies et l’investissement nul.

Les auteurs fournissent déjà des  textes numérisés aux éditeurs, ils peuvent les transmettre aux lecteurs sans que cela ne leur demande un vrai effort supplémentaire. En théorie, du moins; en pratique, le travail ne fait  alors que commencer car qui dit nouveaux supports dit nouvelles lectures et nouvelles habitudes. Les auteurs peuvent être aventuriers si les lecteurs le sont aussi.

Cependant, je ne connais pas le futur et je serais bien présomptueux de prédire quels changements le numérique va opérer, si ce n’est la transformation complète de la chaîne du livre industriel que nous avons vue se mettre en place au cours du siècle dernier à  l’échelle mondiale : auteur > éditeur > metteur en page > imprimeur > distributeur > diffuseur > libraire (> presse, radio et télé).

Dans le nouvel environnement numérique, chaque lecteur est libraire et diffuseur (il recommande le livre, il le propulse), chaque auteur est éditeur et diffuseur. Les imprimeurs et distributeurs disparaissent.

4- Possédez-vous une tablette numérique? Préférez-vous lire sur ce genre de support? Pourquoi?

Je n’ai pas de tablette numérique. J’ai eu un pocket PC ily a dix ans de cela, j’étais trop tôt, ça m’a refroidi face à ce genre d’investissement. Je fais tout de mon PC portable.

J’aime bien les liseuses à encore électronique, en noir et blanc, parce que j’y retrouve le confort de lecture et l’économie d’énergie que j’aime dans les livres papier.

5- Pourquoi avez-vous choisi d'éditer sur support numérique? Le pourcentage par livre que vous recevez est-il différent? Quelle technique d'édition préférez-vous? Pourquoi ?

Je pense avoir expliqué plus haut  les raisons qui m’ont poussé à explorer l’écriture numérique. Du côté de l’édition, il s’agit toujours pour moi de poursuivre une idée jusqu’au bout, de profiter d’une opportunité, de tenter une nouvelle expérience. C’est ainsi que j’ai publié deux romans feuilletons en ligne il y a dix ans, que j’ai publié l’an dernier un récit sur téléphone portable, que j’ai écrit un roman en direct en 24h chrono sur le web, que je publie régulièrement des nouvelles sur  des sites et que je sors dans quelques jours un recueil de nouvelles chez publie.net.

Le pourcentage que je reçois d'un éditeur à l'autre est bien différent. En papier, jé reçois en général :

  • 10 % du prix de vente pour les romans et les nouvelles ;
  • 8 ou 6 % pour la littérature jeunesse ;
  • 0 % sur la poésie ;
  • des clopinettes pour la publication dans la presse quotidienne ;
  • de meilleurs tarifs pour la presse hebdomadaire ou mensuelle.

En édition numérique, je touche :

  • entre 25 et 50 % du prix de vente, selon les éditeurs ;
  • 100 % de rien du tout quand je diffuse moi-même gratuitement mes textes.

Tous les moyens de diffusion d’un texte sont bons.

J’aime voir un de mes textes imprimés sur papier, j’adore tout autant en donner simplement lecture à voix haute et retravailler le texte en cours de lecture, à chaud, en fonction de l’émotion qui se partage avec le public. Je suis également convaincu la diffusion en ligne car elle permet d’avoir beaucoup de lecteurs en très peu de temps, sans devoir passer par la médiation de la presse et de la télé.

Être auteur, c’est écrire des textes.

Quel que soit le support, quel que soit le moyen de le partager ensuite.

Le numérique permet aujourd’hui de rencontrer de nouveaux publics. Plus vite, plus loin, autrement. Mon espoir est que cela  permettra au 80% de gens qui n’ouvrent jamais un livre papier de, peut-être, rencontrer les textes autrement.

N’est-ce pas une opportunité exceptionnelle ?

27/02/2011

Le Prix Unique du Livre Numérique est un combat perdu

loi, numérique, prisunic, PULN, auteurs, littérature, ebookCela fait déjà quelques jours que la loi sur le Prix unique du livre numérique (loi PULN ou Prisunic, selon les goûts) a été votée à l'Assemblée nationale (en France, donc) après avoir été débattue au Sénat. Depuis cet épisode, et suite à quelques commentaires publiés à gauche et à droite (parfois même au milieu) quelques personnes m'ont demandé ce que je pensais de cette loi.

 

 

Pour faire court, je pense qu'elle est déplorable, passéiste, archaïque et inadaptée.

 

 

Mais cela demande tout de même un peu d'explication.

 

 

La loi, en résumé, vise à établir un prix unique pour le livre numérique homothétique (ce vilain mot, qui rappelle le vocabulaire de la géométrie, désigne un livre numérique qui correspond à un livre papier sans y ajouter de contenu multimédia). L'éditeur sera chargé de déterminer ce prix et de le faire connaître au public. Le prix de vente ne pourra donc varier d'un vendeur en ligne à un autre.

En théorie, cela peut sembler séduisant.

En pratique, c'est une vraie aberration pour les auteurs, les lecteurs, les libraires.

Cet avant-projet ne travaille que pour défendre les éditosaures et, plus encore, les distributeurs, qui aujourd'hui, sont les intermédiaires qui s'enrichissent le plus dans le monde du livre papier industrialisé

Voici les extraits de mails que j'ai échangés à ce sujet pour expliquer en détail pourquoi les auteurs ne devraient en aucun cas soutenir cette loi.

 

MAIL 1

Autant je défends le prix unique du livre papier en France (et me suis battu, en vain jusqu'ici, pour qu'il soit établi en Belgique également) parce qu'il défend la librairie, autant je ne peux soutenir un projet de loi qui tente de maintenir, dans l'édition numérique, la position de force des éditeurs papier et de leurs consortiums de distribution. Cette proposition de loi est le simple résultat de l'influence d'un lobby qui, au lieu de travailler à l'évolution de son métier, préfère user de son influence pour protéger son pré carré.
Depuis douze ans, je vois les anciens éditeurs raconter des salades, prétendre parler au nom des auteurs alors qu'ils ne parlent qu'en leur nom propre, chercher à convaincre des dangers du piratage au lieu de voir les enjeux pour la création, la diffusion, la démocratisation de la lecture que représente le numérique.
Ces éditosaures fixent le prix du numérique non pas en fonction des coûts de fabrication mais dans le seul but de "ne pas nuire au papier" alors que de nombreux auteurs, dont je suis, peuvent démontrer par exemple qu'en donnant le livre gratuitement en ligne (les vieux appellent ça du piratage) on multiplie les ventes en librairie.

Je sais, en théorie, cela semble aberrant. Dans la profession, on ne veut pas y croire. On ne veut pas essayer. Ceux qui font le test; pourtant, connaissent la réponse.
En pratique, pourtant, c'est la réalité observée. (À bien y réfléchir, les éditeurs le savent très bien, eux qui arrosent chaque sortie de livre de 200 à 1500 copies gratuites envoyées à la presse et aux relais qui comptent, dont les libraires et les blogueurs. Ils se piratent eux-mêmes, devrait-on alors dire, pour respecter leur façon de penser le numérique.)

Ce genre de politique (distribution gratuite du fichier PDF à la sortie du livre par l'auteur) sera interdite par la loi, qui voudrait que l'éditeur fixe un prix et une valeur pour les textes numériques, quel que soit le canal de diffusion...
L'enjeu du numérique, pour les auteurs, est d'utiliser ces nouveaux outils de diffusion des textes pour exister en dehors du rapport de force commercial imposé en librairie, dans la distribution et dans l'édition par de grands groupes adossés à une presse complaisante.
Ces groupes français ont aujourd'hui peur des géants américains, alors ils exigent une loi, qui n'a rien à voir ni avec les auteurs ni avec les lecteurs.
Les auteurs ne devraient pas, à mes yeux, soutenir ce projet qui va dans le mauvais sens et se contourne si facilement, en installant le siège des sociétés au Luxembourg, par exemple, qu'il n'a aucun sens. Il ne s'applique pas, de toute façon, aux géants internationaux, Amazon, Google et Apple qui y sont déjà installés. En outre, cette loi n'a pas de champ d'application car elle signale que le prix doit être identique pour des vendeurs qui offrent le même service. Or, à ce jour, Amazon, Apple et Google, par exemple, offrent des livres numériques dans des formats différents, qui ne proposent pas le même service (et chaque revendeur peut ou non ajouter des DRM, un marquage, grouper des oeuvres... on estdans le numérique, tout est possible, justement, c'est une simple manipulation de données)
Les auteurs et leurs associations devraient être au créneau aujourd'hui pour défendre les 50% de revenus sur les droits numériques perçus par l'éditeur, comme c'est le cas dans les droits dérivés (traductions, adaptations cinéma ou théatre).

Voilà le combat qui devrait être mené.

Celui-là, au moins, les auteurs pourraient être fiers de le remporter !

 

 

MAIL 2

Je n'aime pas le travail législatif inutile. Au mieux, il fait perdre du temps, au pire, il sert d'écran de fumée pour masquer les vrais combats.
Première question (elle est double) : quel est l'enjeu de cette loi et quel objectif vise-t-elle ?
Une loi qui ne concerne que les entreprises établies sur le territoire français pour régler un enjeu numérique, c'est un non sens complet. C'est aussi idiot qu'un prix unique du livre qui ne s'appliquerait que dans un département de France et autoriserait tout de même la vente par correspondance depuis les autres départements. Dès aujourd'hui, la loi ne s'applique ni à Amazon ni à Google ni à Apple. La loi s'en débarrasse en disant que tout cela relève du contrat de mandat (quelqu'un peut-il me dire ce dont il s'agit ?)

Une loi qui parle de livre numérique mais ne s'applique qu'aux acteurs français du secteur se transforme aussitôt en handicap concurrentiel pour les acteurs nationaux. Tant mieux pour les éditeurs belges, canadiens et suisses ;-)
Ensuite, une loi sur le prix de vente numérique qui ne s'applique qu'aux éditeurs papier, c'est un deuxième non sens. Les vrais éditeurs numériques, qui éditent des livres inédits ne seraient donc pas concernés (ce ne sont pas des livres homothétiques, puisqu'il n'y a pas de papier).
Je devine derrière ces paradoxes la vraie nature et les véritables enjeux de ce projet de loi : préserver dans le numérique les rapports de force de l'édition traditionnelle et obliger les petits acteurs à plier le cou devant les gros (Hachette, Editis, Gallimard,...) En d'autres termes, préserver les vents de livre en librairie, pour sauver financièrement les maisons d'édition et leur éviter de faire face aux enjeux qu'elles devraient avoir pris à bras le corps depuis... dix ans
Ma deuxième question découle de la première : en quoi les auteurs doivent-ils soutenir le sauvetage des éditeurs alors que tout montre que l'évolution des l'édition dans les vingt dernières années (regroupement et rachats puis industrialisation à outrance, avalanche de titres, système d'office et de retours aberrants...) s'est faite sur le dos des auteurs, en rongeant petit à petit leurs revenus, leurs à-valoir et leurs droits ?
Il n'y a pas de raison de se montrer solidaire de ce système, bien au contraire.
Le moment serait venu de frapper du poing sur la table, de réclamer des conditions correctes pour les auteurs (aujourd'hui, je suis deux fois mieux payé pour traduire un mauvais roman américain qui ne marchera pas que pour écrire un roman original qui sera republié en poche et adapté pour le théâtre ou le cinéma ! Si l'on compare les à-valoir en usage, les traducteurs sont, en moyenne, deux fois mieux payés que les auteurs ! Et trois ou quatre fois mieux que les auteurs littéraires.

Cette loi prisunic n'aura aucun effet.
Elle n'a pas d'avenir.
Il faut l'abandonner sans même en discuter et se pencher sur la meilleure manière de travailler à l'heure du numérique.


Travailler, ça veut dire publier, diffuser, partager.

Ça ne veut certainement pas dire légiférer, à mon sens. Il est bien trop tôt pour ça.

Il faut créer, publier, diffuser.

Bosser. Contrer. Argumenter.

Ensuite évaluer et, si nécessaire, légiférer avec un objectif concret et un enjeu réel.

 

Le combat sur le Prix unique du livre numérique est un combat qu'il faut perdre pour mieux gagner la vraie guerre. L'enjeu est d'utiliser le numérique comme un tremplin pour faire se rencontrer les textes et les 80% de citoyens alphabétisés par notre système scolaire, dont la grand majorité ne lit jamais ou presque.

(Pas même les merdes industrielles empilées en tête de rayon dans les supermarchés. C'est dire s'il y a du travail ;-)

C'est tout de même une tâche plus noble que de maintenir le petit monde de l'édition en état de marche, vous ne pensez pas ?

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30/01/2011

Livre numérique et livre papier - le vieux débat

ordicarton.jpgUne étudiante vient de me poser par mail une série de questions sur la littérature numérique pour son travail de fin d'études.

Comme j'aime partager, je mets les réponses à disposition ici pour les lecteurs qui passent et en guise de suite au vieux texte que j'avais rediffusé il y a quelques jours.

Si vous avez d'autres questions et des réactions, n'hésitez pas à les partager !

1 - Publiez-vous vos livres sur internet et sur papier ?


Je publie constamment sur support numérique : j'anime deux blogs, je suis actif sur Twitter et Facebook. Tout ça, c'est de la publication numérique sur Internet. Parfois j'utilise ces canaux pour diffuser des textes littéraires mais ce n'est pas toujours le cas. Je publie aussi dans des revues numériques littéraires comme Bon-à-tirer ou ONLiT.

Contrairement à d'autres auteurs, je n'ai pas de lieu spécifiquement dédié à la publication littéraire sur le web : je mélange des bouts d'écriture de fiction avec des infos sur des sujets d'actualité, des idées pour tenter de faire avancer certains débats éternels, des infos pratiques...

J'ai publié pour la première fois un texte littéraire exclusivement en ligne en 1998. En Belgique, j'étais parmi les premiers auteurs à utiliser Internet pour diffuser des textes, gratuitement bien entendu. Depuis lors, nous sommes quelques millions à publier de la littérature en ligne... Sur le web, il n'y a pas lieu de distinguer un texte de quelques lignes, un commentaire, un site complet ou un fichier PDF. Les oeuvres numériques ne sont pas encore fixées en genres littéraires. Certains « auteurs » de statuts Facebook sont de vrais aphoristes alors que bon nombre de poètes qui proposent leurs textes en ligne me laissent plutôt de marbre.

Bien que je publie non stop en ligne, en coulée continue, à de rares exceptions près, la première diffusion de mes textes est presque toujours sur papier, parce que j'ai la chance d'avoir des éditeurs traditionnels qui ont encore envie de publier mes livres. Le monde du livre en librairie et celui des mots échangés numériquement sont en quelque sorte des univers parallèles et des médias indépendants.


2 - Que pensez-vous du récent engouement pour le livre numérique ? Selon vous, les lecteurs sont-ils réellement demandeurs ?


Dernièrement, on assiste avant tout à un engouement médiatique, que l'on analysera sans doute plus tard comme la plus belle manœuvre du service relations publiques d'Apple. Apple a mis les rédactions de presse du monde entier dans sa poche avec l'iPad, en faisant miroiter aux journaux que la presse écrite avait de l'avenir grâce à cette plate-forme. Les journaux adorent y croire, du coup, ils poussent de toutes leurs forces pour qu'arrive enfin le jour où tout le monde lira sur des tablettes payantes et où les éditeurs pourront continuer à vendre leurs journaux « comme avant ». Si on prend un peu de recul, on se rend compte que l'iPad d'Apple n'offre rien de bien neuf. Il propose ce qu'une tablette PC permettait déjà il y a dix ans, avec le sans fil en plus. On n'a plus besoin de stylet, mais sinon...

Les lecteurs sont-ils demandeurs ? Franchement, de nos jours, tout le monde se fout de ce que souhaitent les lecteurs, semble-t-il. On fait acheter ce qu'on veut aux gens si on le matraque suffisamment avec de la pub bien ciblée. Je pense que cet hiver a été la première année où les fabricants et les détaillants se sont mis à faire croire aux gens que c'était cool d'acheter des liseuses (Kindle, iPad, clones de toutes marques...) et, du coup, les ventes ont suivi. Les lecteurs sont soudain demandeurs parce qu'ils ont envie du gadget à la mode, pas parce qu'ils ont envie de lire sur écran.

La technologie a très peu changé au cours des dix dernières années. C'est le marketing qui fait soudain mousser de vieux engins technologiques. Les écrans à encre numérique ont fait des progrès incroyables mais ça ne se voit pas (pour le consommateur d'aujourd'hui, ce sont d'horribles écrans gris et noir), du coup les acheteurs foncent sur l'iPad et son écran scintillant plein de couleurs. Faites le test avec un bébé de vingt mois, lui aussi est plus attiré par l'écran en couleur qui bouge que par les lecteurs noir et blanc pourtant bien mieux pensés pour la lecture de livres.


3 - Pensez-vous que le livre numérique constitue une menace pour le livre papier ? A-t-il une place durable dans notre société ?


La lecture numérique a déjà pris une place considérable dans nos habitudes, grâce à Internet. Tout le monde ou presque lit déjà sur écrans. Et cela mange du temps, qu'on vole à d'autres médias : à la télé (c'est une bonne chose), à la lecture de presse (c'est considérable), à la lecture de livres (on constate une érosion des ventes de livres)... De là à ce qu'un média remplace l'autre ou le menace, il y a un pas que je ne franchirais pas tout de suite. Le cinéma n'a pas tué le théâtre ni la télé la radio. Mais l'imprimerie a remplacé la copie manuscrite dans de nombreuses fonctions. Le changement profond qui s'annonce, ce n'est pas le livre numérique qui menace le livre papier... c'est le papier numérique qui menace le papier traditionnel. Et ce bouleversement, nous allons le connaître dans les cinq ans à venir, je pense, du moins en Asie, où les unifs abandonnent le livre papier et les cahiers au profit de tablettes légères et bon marché où l'on lit et écrit. C'est annoncé en Chine pour 150 millions d'étudiants et en Corée pour tous les élèves. On interdit tout simplement les livres scolaires imprimés pour des raisons économiques et écologiques. Et parce qu'il n'y a pas assez d'arbres sur terre pour imprimer les livres dont la Chine a besoin.

Le livre numérique, sur ces nouveaux supports et sur d'autres à venir a évidemment une place durable. Essayez de trouver aujourd'hui une manuel d'utilisation de logiciel, de périphérique fourni autrement qu'en fichier PDF... Ça n'a pas pris dix ans pour que les manuels techniques basculent dans le numérique. D'autres exemples vont suivre et certains domaines, comme le roman, résisteront mieux que d'autres car ils sont parfaitement adaptés au support papier et ne supporteront pas bien la transposition numérique. Mais dans d'autres secteurs comme la presse écrite, la diffusion web en temps réel est autrement plus efficace que le journal imprimé une fois par jour...

4 - Possédez-vous une tablette numérique ? Pourquoi ?


Non, mais je lis énormément sur mon ordinateur portable, qui ne sert pas qu'à ça. Je n'ai pas l'intention d'acheter une liseuse tant que ce sont des objets chers et fermés. Le jour où on commercialise le papier électronique à 20 EUR pour un format A5, alors je m'y mets.


5 - Depuis l'année passée, les maisons d'éditions se sont-elles adaptées aux livres numériques ? Ont-elles mis en place certaines structures ?

Pourquoi depuis l'année passée ? Cela fait plus de dix ans que les maisons d'édition traditionnelle ne bouge pas et, au mieux, tentent de vendre des versions numériques de leurs titres au même prix que le papier ou presque. Elles ont peur de ne plus vendre de livre papiers. Or, on ne crée rien de bon quand on est motivé par la peur. Aujourd'hui, on ne vend presque pas de livres numériques mais on diffuse tous les jours des millions de contenus gratuitement sur le web.

6 - Selon vous, en tant qu'auteur, quel est l'avenir réservé aux librairies et bibliothèques ?

Les librairies et les bibliothèques, dans la chaîne du livre sont des intermédiaires entre les lecteurs et les livres, ils permettent de guider les premiers vers les seconds soit par des conseils (parfois), le plus souvent par une sélection et la mise en évidence des œuvres dans l'espace où circulent les lecteurs. Dans l'univers numérique, ce rôle existe encore, mais il n'est pas joué par des professionnels, aujourd'hui. Les lecteurs recommandent sur les réseaux sociaux les textes qu'ils ont aimé (livres, billets, blogs...). Ils les aident à circuler, à trouver leurs lecteurs.

23:16 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : interview, nicolas ancion, livre numérique, ebook | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer