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21/07/2009

Porte close

1184695892.jpgJe pense que cela faisait des siècles que je n'avais plus eu besoin de pisser de façon aussi pressante. A se demander si c'était la bière, le thé, le café ou l'âge tout simplement, qui agissait ainsi sur ma pauvre vessie. J'en aurais hurlé de mal. J'avais même imaginé un moment me soulager sur un mur aveugle ou dans l'encoignure d'une porte cochère, mais les bâtiment abandonnés étaient tellement nombreux que je ne parvenais pas à élire celui qui serait le théâtre de mon incivisme. Il faisait chaud à suer des litres. La chaleur m'accablait pourtant moins que mon besoin pressant. A tel point que j'avais fini par courir dans la rue sur les trois cent derniers mètres, que j'avais grimpé les escaliers quatre à quatre, le trousseau à la main, les toilettes en ligne de mire. Je serrais la clef de mon appartement entre le pouce et l'index, le gorille poilu qui faisait office de porte-clef balançait au bout de sa banane comme un tarzan qu'on aurait cousu à sa liane. Quand j'ai enfoncé la clef dans la serrure, j'avais la conviction qu'on avait remplacé ma vessie par un ananas entier et que l'écorce rigide et venait s'enfoncer à l'intérieur de mes entrailles contre un organe particulièrement sensible.

La porte était fermée.
Pour de bon.

Pas comme on dit j'ai fermé la porte, dans un geste machinal, pour être en ordre, en un seul mouvement de poignet, avec sa conscience et sa compagnie d'assurance, pour garantir qu'il y aura bien effraction si quelqu'un tente de s'introduire chez vous en votre absence. Non, je n'étais pas absent, bien au contraire, j'étais de retour et la clef ne tournait pas. Ni dans un sens, ni dans l'autre. Dans ma propre serrure !

Pour les toilettes, c'était loupé. Et c'était le plus urgent. Fallait trouver une solution de rechange. J'ai dévalé les escaliers en sautant les deux volées d'un bond, j'ai tambouriné à la porte de mon voisin du dessous. Pas de réponse. En plein mois d'août, avec la chaleur qu'il faisait, j'aurais moi aussi déserté les lieux au plus vite. Je tentai ma chance au premier, sans plus de succès.

L'ananas avait pris la dimension d'une pastèque, sans perdre ses épines pour autant. Plus j'y pensais, plus ça pressait. Au rez-de-chaussée, il y avait les vélos, les sacs poubelles et, cadeau de la providence et de l'architecte réunis en une seule pensée salvatrice : la porte de la cave. Dans le couloir, la flaque et l'odeur auraient attiré l'attention de toute la maisonnée ; on aurait posé des questions, cherché des coupables. Mais la cave...

L'interrupteur, en haut de l'escalier, n'alluma rien du tout. Il cliqua et recliqua, dans le noir, sans effet. Tant mieux : s'il faisait vraiment sombre, c'est que personne ne mettait plus les pieds dans ce coin du bâtiment depuis des lustres. La preuve, je louais cet appartement depuis six ans, c'était la première fois que je descendais l'escalier. Si je n'avais pas arrêté de fumer des années plutôt, j'aurais certainement sorti mon briquet ou des allumettes, mais je n'avais rien de ce genre dans mes poches, aussi, je descendis jusqu'à la dernière marche a pas de charge et c'est de là que je déboutonnai mon jeans, pour soulager mes entrailles. Le passage de l'urine chaude et torrentueuse me remplit d'aise. Voilà un plaisir intense que le confort nous évite : à force de se soulager régulièrement, on oublie à quel point c'est délicieux de pisser pour de bon après des heures d'attente. Le bruit de mon urine tombant sur le sol dur (de la pierre ou de la terre battue, à en juger par le son) mit ma pensée en marche...

Comment se faisait-il que ma clef n'ouvrait plus ma porte ? Peut-être quelqu'un avait-il fermé la porte de l'intérieur ? Mais qui ? Je vivais seul depuis des mois, personne n'avait la clef, pas même un ami ou des parents. Le propriétaire, alors ? Comment se serait-il retrouvé chez moi et pourquoi aurait-il fermé derrière lui ? Ça ne tenait pas debout. Il avait peut-être carrément changé la serrure ? Je regardai le porte-clef, il pendait à présent de ma main gauche : c'était bien mon gorille, rien d'extraordinaire à ça, toujours la même banane et les deux mêmes clefs. Peut-être avais-je tout simplement mal tourné. La nervosité, l'urgence...

Je remontai l'escalier, le sourire aux lèvres. Je souris devant les portes de mes voisins : quelques minutes auparavant, je les aurais bien défoncées et là, elles me semblaient si gentiment closes que j'en étais ravi.

Arrivé devant la mienne, je regardai le barillet avec attention, il n'était pas neuf. Impossible cependant de dire s'il y avait ou non une clef à l'intérieur de la serrure. Mais c'était l'explication la plus plausible. Qui alors ? Ma femme ? Je n'en avais pas. Un colocataire ? Pas plus. Du moins, pas que je me souvînt. Je n'allais pas démonter ma porte...

Pour quelle raison peut-on bien changer la serrure d'un locataire ? Pour l'expulser ? Absurde, j'avais payé tous mes loyers. Pour faire une blague ? L'endroit était un peu sordide pour une caméra cachée. Et je n'avais de toute façon pas d'amis farceurs. Pas d'amis du tout, d'ailleurs. C'était pour cela que je passais le plus clair de mon temps aux terrasses, à descendre des bières avec des inconnus.

Je frappai à la porte. Pas de réponse, comme je m'y attendais.

C'était peut-être un de ceux-là qui avait changé ma clef pour rire un peu à mes dépens. Je regardai attentivement mon trousseau : rien ne ressemble plus à une Yale que toutes les autres, elles sont toutes pareilles. Ça ressemblait à la mienne mais ça pouvait être une autre. Rien ne servait de rester ici, la porte n'allait pas s'ouvrir toute seule.

Je descendis l'escalier d'un pas lent et m'assis sur le seuil. Il n'y avait personne dans la rue. De temps en temps, une voiture passait en vrombissant.

Si je défonçais ma propre porte, j'allais avoir des ennuis. On me foutrait dehors, probablement. Tapage diurne, bris de porte, les propriétaires n'aiment pas ça. Pour appeler un serrurier, il aurait fallu un téléphone. Je n'avais pas le courage de marcher jusqu'à la cabine pour le moment. N'avais pas envie non plus de payer un professionnel pour une bête blague de café. Je me suis rappelé que j'avais bu tout l'après-midi et ça m'a donné envie de m'assoupir. C'est ce que j'ai fait.

Quand je suis revenu à moi, la nuit était tombée et un filet de bave avait coulé de la commissure des lèvres jusqu'à mon menton et mon t-shirt sale. Je l'essuyai d'un revers de la main et me relevai : c'est alors qu'un type tout maigre sortit de la maison avec mon trousseau en main. Il m'agrippa par la manche (pourtant courte) et me colla contre le mur du corridor.

- T'habite à quel étage, pauvre type ? Tes clefs n'ouvrent aucune porte !

J'aperçus mon portefeuille par terre, entouré de mes papiers d'identité. On m'avait fait les poches pendant ma sieste.

- Tu réponds ?

J'avais envie de lui dire que je n'en savais plus trop rien moi-même, mais son haleine de chaussure sale et les pustules rouges sur sa peau pale ne me donnaient aucune envie de collaborer. Le type n'était pas gras, je n'étais pas fort au combat de rue, mais je pouvais tenter ma chance : si je parvenais à attraper l'antivol du vélo, au pied de l'escalier, je pourrais lui balancer la chaîne à la figure et le foutre dehors. J'entendis alors le craquement sinistre d'un panneau de bois qui vole en éclats.

- Eh, Fix, chuchota une voix d'en haut de l'escalier, j'ai ouvert, viens vite.

Le gars tout maigre me lâcha d'un coup et monta l'escalier. J'entendis ses pas grimper jusqu'au dernier étage, jusqu'à mon appartement.

Un de mes problèmes était résolu : la porte était ouverte.
J'ai pensé à ma cuisine en désordre, à mon lit défait, à mon vieux pick-up et aux trente-trois tours griffés : il n'y avait rien de valeur chez moi.
J'ai ramassé mon portefeuille, les papiers d'identité y étaient encore : je l'ai fourré dans ma poche. Je suis descendu dans la rue, l'air était chaud.

Je me suis éloigné d'un pas calme.

J'avais envie d'une bière bien fraîche et de quelqu'un à qui raconter mon histoire.

 

PS : En fouillant mon disque dur, à la recherche d'un autre texte, je suis tombé sur celui-ci et je l'ai mis en ligne, c'est toujours comme ça que cela se passe. On veut faire un truc et on en fait un autre.

C'est une nouvelle écrite à la demande du mensuel C4 (le journal des chômeurs, pas celui des explosifs), il y a quelques années, en 2004, pour être précis. Ce sera mon petit cadeau d'été pour la fête nationale de Belgique.

Bonne lecture à toutes et tous !

la photo vient d'ici

 

25/05/2009

Pendant que ce blog dort

philippe_beranger_portrait_2.jpgOn ne peut pas tout faire en même temps et le reste à la fois. A moins de tout bâcler, ce qui ne me plaît qu'à moitié.

Si ce blog est en léthargie depuis quelques semaines, c'est parce que je suis très actif et que je manque de tmeps pour l'alimenter. J'espère que les lecteurs fidèles me pardonneront, que les visiteurs de passage ne m'en voudront pas. C'est pour la bonne cause, j'ai plusieurs pains sur la planche et il faut que je boucle des manuscrits.

Puis j'ai beaucoup voyagé ces dernières semaines, j'étais au Salon du Livre de Prague pour la sortie de mon recueil de nouvelles "Nous sommes tous des playmobiles" en tchèque, j'étais à Palerme et à Messine pour une série de rencontres autour de la traduction italienne (en chantier) de "Nous sommes tous des playmobiles" à nouveau et de mon roman pour ados "Carrière solo". Que du bonheur donc.

Et pendant que je saute d'un hôtel à l'autre, j'écris à longueur de journée (et de nuits parfois) pour achever plusieurs projets en cours :

  • L'ombre de la Tour Eiffel (roman pour enfants) ;
  • L'homme qui valait 35 11 milliards (roman pour adultes) ;
  • Contre la montre (roman pour enfants).

Le troisième est à achevé, le deuxième au stade de la correction et le premier arrive dans la dernière ligne droite. Après ça, je vais pouvoir respirer mais pas trop longtemps, les projets ne manquent pas...

En attendant, si vous êtes à Nîmes pour la Feria de Pentecôte, particulièrement samedi soir, vous pourrez me rejoindre pour une

LECTURE SURPRISE

de deux nouvelles du recueil Arequipa (Editions Au Diable Vauvert)
à l’Alegria - Espace Chouleur – 6, rue Fresque
Philippe Béranger lit Fin de course, de Nicolas Ancion
François Kopania lit
Torero, pointure 36, de Gerald Gruhn

c'est donc le Samedi 30 mai – 21 h 30

Vous voilà prévenus. Si vous n'y êtes pas, c'est que vous avez mieux à faire.

On se verra une autre fois, les occasions ne manquent pas.

PS : la photo, c'est un portrait de Philippe Bélanger par Didier Leclercq merci à lui !

22:37 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ecriture, roman, nouvelles, littérature, corrida, nîmes, hemingway | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

05/03/2009

Les Académiciens belges font preuve d'humour et d'autodérision

Palais_aca_bxl_400_300.JPGLes éminents membres de l'Académie royale de langue et de littérature ne sont pas rancuniers et le moins qu'on puisse dire est qu'ils ont un sens poussé de l'autodérision. En effet, voilà que j'apprends par un joli courrier frappé du sceau de cette vénérable institution que l'Académie attribue le Prix Franz De Wever à mon recueil de nouvelles « Nous sommes tous des playmobiles ». Voilà le genre de courrier qui me réjouit !

La remise des prix aura lieu ce vendredi à 18h au Plais des Académies et je ne pourrai y être car on m'a prévenu un peu tard.

La question qui se pose, tout de même est de savoir si l'on va lire un extrait du livre primé lors de la cérémonie.

Ce serait tout de même amusant de donner en lecture un passage comme celui-ci :

« Bruxelles n'a pas bronché. Elle a dû nous voir, pourtant, enfourner notre colis gigotant dans le fourgon blanc. Elle nous a vus nous asseoir à l'avant, faire chauffer le diesel puis démarrer. Elle a sûrement remarqué qu'on allumait l'autoradio et, si elle a de bonnes oreilles, elle a pu entendre que le présentateur interrogeait l'autre guignol de notre académie locale, l'Académie Royale comme elle s'appelle. Il parlait bien un bon français bien propre, sûr qu'on pourrait le rediffuser sur France Culture le lendemain sans choquer personne. « Je suis d'autant plus inquiet au sujet de cette disparition que notre éminent Académicien effectuait le déplacement depuis Paris expressément pour participer à notre journée de débats sur le Surréalisme en France et en Belgique,... » Surréalisme mon cul. C'est pas à Bruxelles, à moins de cinq cents mètres de la Fleur en Papier Doré qu'on nous fera avaler celle-là. Tous ces costardeux du Palais des Cacadémies, ils ne l'ont jamais vu le Surréalisme. Ils ont lu ce que d'autres en ont dit, peut-être, et encore, du bout des lunettes et avec des gants de cuisine pour pas se salir les doigts. Qu'est-ce qu'ils vont nous raconter? Qu'ils viennent de s'inscrire au Parti Communiste de Belgique, qu'ils ont bouffé de la mescaline dans leur chambre à coucher avec Michaux ou qu'ils ont tué un homme pour faire comme Arrabal ? Ah, non, bien sûr, le Surréalisme, c'est un mouvement, c'est une époque. Alors ils vont nous raconter comment ils ont plié leurs petits papiers, ces si exquis cadavres que les jeunes filles aiment tant, comment ils ont osé, une fois, laisser leur stylo Mont Blanc pondre deux phrases sans véritable arrière-pensée. Allez, les charognards, radotez là-dessus, si ça vous chante, nous on vous prépare un cadavre des plus exquis. »

Peu de textes ont dû se montrer jusqu'ici aussi virulents envers l'Académie française, en tout premier lieu, et à l'endroit de sa petite sœur belge, logée rue Ducale, à quelques centaines de mètres du Palais royal. J'étais déjà très amusé que cette nouvelle, Bruxelles insurrection, qui fut téléchargée plus de dix mille fois en version PDF du temps où je la diffusais gratuitement en ligne, figure dans un recueil disponible en librairie. J'étais flatté d'apprendre que ce recueil figurait parmi les trois finaliste du Grand Prix de l'Humour noir en 2008 (en compagnie de Robbe-Grillet et de Jean-Bernard Pouy, qui a obtenu le prix) mais je suis vraiment ravi que l'Académie le couronne.

C'est vraiment la récompense la plus inattendue qui soit.

Elle me donne des idées. Pour remporter le Goncourt l'année prochaine, je vais écrire un roman sur l'hygiène de chez Drouant, les couches bio taille adulte qu'on y trouve dans les toilettes pour les cas où les délibérations s'éternisent, les coucheries entre jurés, puis je les insulterai copieusement, eux et leur fonction, avec toute la mauvaise foi dont je suis capable.

Je n'aurai peut-être pas le Prix, en fin de compte, mais je me serai bien amusé.

C'est sans doute pour cela que les Académiciens belges ont bien aimé le recueil : il est plein d'humour. Juste comme eux, au fond !

 

02/03/2009

Comment faire l'interview d'un auteur sans se fatiguer

chimp_at_typewriter.jpgCe week-end, j'ai reçu en deux jours trois mails différents d'élèves qui devaient « interviewer un poète ». Le premier était une avalanche de questions, qui auraient pu aussi bien s'adresser à Alfred de Vigny ou à Maurice Carême qu'à moi, je n'ai donc pas répondu du tac-au-tac, je me suis dit que j'attaquerais ça plus tard, au calme. Mais le deuxième est du coup arrivé dans ma boîte, il était un peu plus personnel mais j'y ai reconnu, mot pour mot, quelques unes des questions qui figuraient dans le premier envoi. Ce deuxième émetteur s'excusait de devoir me presser de répondre très vite car « un premier poète, après avoir promis de répondre, venait de les laisser tomber ». Le troisième mail me demandait la permission de m'envoyer les questions, je n'ai pas attendu de les recevoir, j'ai pris mes réponses aux questions des deux premiers et je les lui ai transmises.

Du coup, je me suis fait quelques réflexions.

A l'attention des enseignants, d'abord :

  • Quel est l'intérêt de demander à plusieurs élèves d'envoyer séparément une liste de question à peu près identique à des auteurs ?

  • Quel enjeu pédagogique y a-t-il à copier-coller une liste de questions et la balancer par mail à un auteur qu'on n'a pas lu ?

Aucun, à mon avis. Les élèves feraient mieux de lire quelques textes poétiques pour savoir à qui ils s'adressent avant de poser les questions, cela me semble une leçon importante à leur apprendre. Avant de prendre contact avec quelqu'un (que ce soit pour poser des question à un auteur ou pour envoyer son CV à une entreprise, la règle est la même), on se renseigne, on lit, on s'informe (avec Internet, de nos jours, cela ne demande même pas de vrai effort de recherche, tout arrive tout seul sur l'écran en rendant visite à Google), puis on tente de montrer qu'on sait à qui on s'adresse.

A l'attention des élèves ensuite :

Si vous avez la malchance de tomber sur un enseignant maladroit et peu subtil, soyez plus malin que lui. Même si on ne vous a pas précisé de le faire en classe, prenez le temps de mieux connaître la personne à qui vous adressez vos questions. Un auteur n'est pas un moteur de recherche, on ne lui balance pas une liste de questions (dont plusieurs se recoupent et sont redondantes), à charge pour lui de faire le tri, de choisir ce à quoi il a envie ou non de répondre.

Une anecdote m'est revenue à l'esprit

Quand j'avais 17 ans, j'ai eu la chance d'accueillir Jacques-Gérard Linze dans ma classe. Avec un copain, j'ai dû partir à Bruxelles en train pour rencontrer l'auteur chez lui rien que pour préparer l'interview qu'on allait faire de lui en classe. Il va de soi qu'avant de rencontrer l'homme j'avais avalé ses livres les uns après les autres. Ça m'avait pris quelques soirées, bien sûr, et ses romans n'étaient pas les plus faciles d'accès qu'on puisse imaginer, mais quel plaisir ensuite de discuter en connaissance de cause ! Quelle impression d'entrer dans le monde des adultes, d'être d'égal à égal avec l'auteur, lui dans son rôle d'écrivain, moi dans celui du lecteur attentif et intéressé.

On m'objectera que cette anecdote se déroulait il y a vingt ans. C'est vrai. Et alors ? Rien n'a changé depuis lors dans l'enseignement, les objectifs sont à peu près identiques et les moyens à mobiliser pour y arriver également. C.'est simplement une question d'exigence vis-à-vis de soi-même, avant tout, par respect de l'autre qu'on va rencontrer.

Je ne suis pas certain d'être clair, alors je vais encore préciser ma pensée : j'adore rencontrer des élèves, la question n'est pas là. Ce n'est pas l'idée qui me choque, c'est la manière de procéder.

Je ne souhaite plus soutenir une forme de paresse qui ne fait de bien à personne, celle qui consiste à faire semblant qu'on a fait son travail alors qu'on s'est juste contenter de pousser sur deux ou trois boutons d'une machine.

Sur les trois mails reçus ce week-end, un seul avait tenté (maladroitement, mais ce n'est pas grave) de mettre les formes : de présenter le cadre du travail, l'enjeu et les raisons pour lesquelles il s'adressait à moi. Les deux autres considéraient sans doute qu'il était du devoir de l'auteur de répondre à ce genre de demande voire, pire encore, qu'il fait partie du devoir des élèves de forwarder à des auteurs une liste de question présentée par le ou la prof en classe de français. Et qu'ils avaient donc bien fait leur devoir. Quelle horreur.

Afin que ce genre d'élèves n'ait plus à se fatiguer à m'envoyer des mails, je propose donc de poster ici une liste de questions/réponses qu'on peut présenter au prof pour faire croire qu'on a fait le travail demandé.

Quant à moi, j'aurais la sensation d'avoir fait le mien.

Une fois, mais pas trois, faut pas exagérer ;-)

Après avoir écrit ceci, mais avant de le publier, je reçois un quatrième mail qui dépasse toutes les bornes :

« Je voudrais vous demander si c'était possible de m'envoyer un de vos poèmes (pour pouvoir faire une analyse complète) car sur internet je ne trouve pas de poèmes qui viennent de vous. A part un (Le mal du ùatin) mais celui-là est trop long. »

Autant vous dire que ma réponse n'a pas dû lui plaire.

Finalement, je renonce, pour le moment, à publier une liste de questions-réponses.

J'en ai assez d'être gentil et accueillant pour des élèves pareils. Je vais plutôt m'acheter un fusil et du poivre pour leur tirer aux fesses s'ils osent encore s'approcher de ma poésie... Non mais!

 

23:25 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ecole, lycée, poésie, littérature, enseignement, interview | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

13/11/2008

Nous sommes tous des playmobiles néerlandophones

playmobilecamping.jpgAu moment où la Belgique a cessé de se fendre en deux pour cause de crise financière aggravée, voilà que, pour la première fois, un de mes livres va être traduit en flamand. C'est mon recueil de nouvelles « Nous sommes tous des playmobiles » qui est l'heureux élu. Et j'en suis tout heureux moi aussi.

Il y a quelques années, j'avais cru que « Quatrième étage » allait intéresser des éditeurs du nord, puisque ce roman avait obtenu le Prix des Lycéens et se vendait comme des broodjes met ham. Mais le projet ne s'est jamais concrétisé, sans doute faute de travail de prospection de la part de mon éditeur (qui n'a toujours pas compris qu'on pouvait gagner de l'argent en vendant des droits plutôt qu'en vendant des livres à la pièce).

Cette fois, c'est le traducteur, Marc Tiefenthal, qui a pris son baton de pèlerin et a frappé de porte en porte avec sa traduction sous le bras pour convaincre les éditeurs littéraires du nord de la Belgique et des Pyas-Bas de lire un bout de mon bouquin. Son acharnement a fin par payer car les très jeunes éditions Vrijdag à Anvers viennent d'annoncer la sortie des playmobiles au printemps 2009.

Plus qu'une centaine de fois dormir, si je compte plus ou moins bien !

Après ça, je pourrai aller signer des piles et des piles dans tous les Standaard Boekhandel de la planète. Je pourrai avoir mon stand à la Foire du Livre d'Anvers et ma villa dans les dunes d'Ostende. Comme je ne pète pas un mot dans la langue de feu Hugo Claus, j'ai déjà trouvé l'excuse parfaite pour ne pas devoir répondre aux questions lors des interviews : une extinction de voix me saisit à la gorge dès que je traverse la frontière linguistique. Ça amusera au moins le traducteur dont le nom se traduit "Profonde la langue".

Mais cette histoire d'extinction de voix n'est pas très adroite. D'autant plus que, dans quelques semaines, je vais rencontrer des élèves francophones à Commines. Est-ce qu'ils ne sont pas de l'autre côté du gordel, ceux-là ? Et j'ai très envie de leur parler.

Va falloir que je trouve un autre prétexte pour excuser mon non-apprentissage du néerlandais après dix-neuf années d'études en Belgique...

En attendant, je fais la fête pour célébrer cette bonne nouvelle. Si vous avez une autre excuse, n'hésitez pas à m'en faire part !

31/10/2008

Bibliographie complète de Nicolas Ancion

Mon site Internet est pris en otage par mon hébergeur. Il ne l'affiche plus sur Internet, il ne répond pas aux mails de réclamation... Pour quelle raison ? Je n'en sais rien. Certainement pas à cause d'une facture impayée : c'est un hébergeur gratuit. Ne faites en tout cas JAMAIS confiance à iBelgique, iFrance et iEurope, ces gens n'ont même pas la décence de répondre au courrier...

douggriess4.jpgUne page d'erreur 404 à la place de la Maison de Nicolas Ancion, ça me fait l'effet de la mire sur l'écran de télé en lieu et place des jeux sans frontières quand j'étais gamin... Une véritable catastrophe. A laquelle on survit très bien...

En attendant, pour que l'info ne disparaisse pas d'Internet, je place sur ce blog une bibliographie complète en fichier PDF. Je ne sais pas à qui cela peut être utile, mais qui que vous soyez, profitez-en bien !

Et si vous cherchez d'autres informations du même genre, n'hésitez pas à demander.

30/10/2008

Où trouver le Garçon qui avait mangé un bus

graçon qui.jpgIl y a quelques semaines, Bruno Coppens lisait à voix haute mon roman "Le garçon qui avait mangé un bus" sur la scène du Botanique à Bruxelles, dans le cadre du premier Marathon des Mots. Une belle occasion de découvrir ce texte qui n'a jamais jusqu'à présent été distribué en librairie. Vendu uniquemenent sur abonnement aux élèves de 11 à 13 ans, ce roman pour ados est désormais disponible en vente directe sur Internet via le site de l'éditeur. Les enseignants peuvent l'acheter par colis de 5 exemplaires d'un coup (à un prix défiant toute concurrence) et les autres à la pièce pour la somme tout aussi modique de 5 euros tout ronds.

Pour vous donner envie d'en savoir plus, voici le texte en quatrième de couverture :

Le garçon qui avait mangé un bus

Depuis l'accident qui a totalement détruit le bus dans lequel il était, Joseph a mal à la tête. Et quelques méchants trous de mémoire: impossible de se souvenir d'où sort la boue qui macule le bas de son pyjama. Ni de ce qu'il fait en ce moment sur le boulevard, les bras chargés de courses, alors qu'il devrait être à l'école. Et pourtant, cela aurait pu être bien pire: certains passagers du bus sont toujours à l'hôpital, plongés dans le coma...

La politesse voudrait qu'on ne lise pas le courrier destiné aux autres, qu'on n'ouvre pas le journal intime des inconnus, qu'on n'écoute pas les conversations qu'on surprend par hasard, dans le train, dans la rue. Mais la curiosité est souvent plus musclée que la politesse, elle a au moins une tête de plus et des tas de copains baraqués qui lui viennent en aide: l'indiscrétion, le culot, le goût de l'interdit, l'envie de savoir et le plaisir de fourrer son nez dans les affaires d'autrui. On demandera donc à la politesse d'excuser les lignes qui suivent et on remerciera au passage la curiosité pour son intervention bénéfique, qui nous aidera à comprendre la suite de cette histoire.

Et si vous souhaitez lire "Le garçon qui avait avalé son lecteur MP3" chez le même éditeur, il faudra patienter encore un peu, on ne peut pas l'acheter en vente directe, celui-là. A moins d'insister beaucoup auprès des services commerciaux d'Averbode, ils se laisseront peut-être convaincre...

 

26/09/2008

Appel aux enseignants

Depuis deux jours, je me suis lancé dans une grande aventure scolaire !

Je cherche à rassembler les travaux que des enseignants ont développés pour leurs élèves à partir des livres que j'ai écrits : romans, nouvelles, théâtre, peu importe... Tout est le bienvenu !

Je sais que de nombreux profs de français de secondaire ont analysé des textes, ont préparé des fiches d'exercices, ont utilisé des extraits pour aborder un thème ou l'autre. J'en suis ravi. Et je souhaiterais pouvoir rassembler tout ça pour un de mes éditeurs, qui cherche à constituer un dossier pédagogique autour de certains de mes livres.

Si vous avez quelque chose de ce genre-là, surtout au sujet de :
- Quatrième étage
- Nous sommes tous des playmobiles
- Les ours n'ont pas de problème de parking
- Ecrivain cherche place concierge

Je serais enchanté d'en recevoir une copie, par mail, par commentaire sous ce blog, par poste, par telex ou signaux de fumées, comme vous préférez.

Un grand merci pour votre collaboration!