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27/02/2011

Le lecteur est-il propriétaire du texte qu'il lit ?

Littérature, édition numérique, netflix, amazon, Apple, livre numérique, éditosauresAmis lecteurs, que vous soyez fidèles de ce blog ou simplement de passage, vous ne suivez pas nécessairement les débats, parfois complexes, qui se tiennent autour de l'avenir de l'édition, à l'ère de la révolution numérique. Et je vous comprends, ils ne sont pas toujours passionnants, la discussion prend trop souvent la tournure d'une querelle entre Anciens et Modernes, défenseurs de l'odeur du papier contre amateurs d'innovations technologiques.

 

(Je signale aux premiers que les ordinateurs aussi ont une odeur et un bruit de ventilateur dont nous serons nostalgiques dans vingt ans et aux seconds que les poubelles sont remplies de gadgets qui devaient révolutionner notre vie quotidienne. Mais cette querelle stéril n'est pas l'obejt de ce billet. Je m'égare)

 

 

Une question essentielle qui surgit, pour savoir vers quel modèle économique l'édition numérique doit s'orienter est de savoir si le lecteur se sent propriétaire du texte qu'il veut lire.

 

Quelle question étrange, me répondrez-vous ! Pas tant que ça, quand on l'explique en détail.

 

En effet, on oppose en ce moment le mode de consommation du cinéma, où l'on regarde un film sans nécessairement le posséder (par exemple quand on va le voir en salle, quand on le regarde à la télévision ou quand on le loue au vidéoclub) et la consommation de musique, où les fans purs et durs veulent « acheter un disque », pour parler en termes prénumériques, c'est-à-dire aujourd'hui acheter (ou télécharger gratuitement) un fichier permanent qu'ils pourront copier d'un ordinateur à un baladeur mp3 et ainsi de suite.

 

 

En cinéma, le modèle de commercialisation numérique qui semble avoir le vent en poupe aujourd'hui, c'est Netflix, un service où pour 7$ par mois, vous pouvez regarder autant de films que vous le souhaitez, en streaming, sur votre ordinateur, en toute légalité. Vous ne possédez pas le film, vous n'en gardez pas de copie sur votre disque dur, vous payez juste pour le droit de le regarder (comme quand vous regardez un petit film sur Youtube – tiens, celui-ci, au hasard ;-) Amazon propose le même type de service, où l'on paie à la "location", pour le moment. Le forfait devrait suivre.

 

 

En musique, en revanche, le modèle le plus répandu est celui d'iTunes (je ne mets pas de lien : Apple fait bien trop de pub dans le monde entier pour que je leur fasse ce plaisir) où l'on paie pour acheter un fichier numérique, que l'on peut ensuite plus ou moins copier selon les droits acquis et les vendeurs qui les cèdent. D'autres modèles existent aussi, comme Spotify, qui offre le service de base gratuitement et légalement (on peut écouter en ligne mais pas copier; quand on paie l'abonnement, on peut avoir accès à tout moment aux morceaux qu'on a téléchargés) ou LastFm, qui, pour un abonnement mensuel (3$ au Canada, je pense) donne accès à tout un catalogue, à des radios et des playlists.

 

 

Et la littérature dans tout ça ? Très bonne question, cela fait plaisir de voir que vous suvez, merci de m'aider à garder le fil de ce billet.

 

 

Les éditosaures, ces éditeurs papier qui ont peur du numérique - et redoutent tant de s'y aventurer qu'ils ne regardent même pas ce qui s'y fait en ce moment - ne pensent qu'au vieux modèle de la chaîne du livre. Ils se demandent comment l'appliquer au monde numérique. Ils veulent alors vendre les livres à la pièce, à un prix prohibitif (80% du prix du livre papier), via des librairies en ligne et hurlent au scandale quand Apple ponctionne 30% sur les ventes de livre, alors que ces mêmes éditeurs cèdent au moins 35% à la Fnac, à Cultura et aux grosses librairies, quand ce n'est pas beaucoup plus.

 

 

Ils viennent même de convaincre le système législatif français à mettre en place un prix unique du livre numérique aberrant, qui oblige tous les acteurs français du marché (donc pas Apple, Amazon et Google) à vendre le livre numérique au même prix, fixé par l'éditeur. Une manière pour eux d'empêcher le marché d'évoluer et sassurer ainsi que pendant quelques années ils peuvent conserver leur quasi monopole sur l'édition-distribution dans l'Hexagone. (Une stratégie d'autrcuhe qui les perdra, mais ce n'est pas l'objet de ce billet.)

 

 

Certains éditeurs purement numériques, comme publienet sont déjà passés à la formule abonnement, où tout le catalogue est accessible à volonté pour un forfait annuel. Smartlibris propose également un service similaire pour 9,9 EUR par mois, mais comme il est dédeloppé pour l'iPad en rpiorité, son succès risque d'être limité (le parc d'iPad francophones n'est pas encore très étendu et tous les propriétaires ne sont pas des lecteurs, bien entendu). Amazon prépare très certainement le même genre de forfait pour son lecteur maison (le Kindle) bientôt et il n'est pas impensable que des acteurs historiques comme France Loisirs, Harlequin, ou des aventuriers plus récents comme les éditions Bragelonne, proposent à leur tour une formule du même type. On lit à volonté, on n'achète pas le livre mais le droit de lire, sur son ordi, son téléphone portable, sa liseuse, peu importe. Dans le cas de publienet, on reçoit tout de même le fichier, on peut le copier, l'imprimer...

 

 

La question importante arrive alors. Le lecteur veut-il être simple locataire du texte, comme le spectateur d'un concert ou d'un film, l'usager d'une bibliothèque publique, ou propriétaire, comme le collectionneur de DVD, l'acheteur de musique sur iTunes ou le bibliophile ?

 

 

À mes yeux, l'auteur est toujours propriétaire du texte qu'il a produit au départ (c'est le fondement du droit d'auteur iamginé par Beaumarchais) mais le lecteur ne sera jamais un simple locataire, bien au contraire.

 

C'est lui qui héberge le texte dans sa tête, qui transforme les mots (ces petits machins morts qui n'en ont pas l'R) en images, en sensations. Il ne loue pas plus les textes qu'il ne loue ses vacances : il les vit, tout simplement. Et les souvenirs de cette vie-là, celle de la fiction, personne ne pourra les lui enlever.

 

Bien heureusement, d'ailleurs.

 

La littérature n'est pas un objet, c'est un mouvement, c'est une expérience qui se sent, s'éprouve et se comprend, simultanément, dans un étrange mélange, quel que soit le support.

 

Numérique ou papier.

 

Vieux livre de poche tout puant ou bel écran rétroéclairé, texte lu à travers la radio crachotante ou fraîchement imrpimés sur papier bouffant.

 

Une fois franchie la frontière de la fiction, on entre de plein pied dans un univers all-inclusive qui n'appartient qu'aux leceteurs, où chacun se fabrique son film, ses photos et ses amours de vacances.

 

PS : En illustration, un panneau d'affichage en tête de rayon vu dans une librairie anglophone hier à Montréal.

 

MISE A JOUR : le début de conversation avec Franck Queyraud dans les commentaires ci-dessous a donné naissance à un billet très intéressant sur le rôle des bibliothèques dans ce futur environnement numérique. À lire dans la foulée.

14/02/2011

Et vous, qu'écrirez-vous après la fin du monde en 2012 ?

2012.jpgÀ moins que vous n'habitiez à l'abri des ondes radio, de la télé et hors de portée de l'Internet et des kiosques à journaux, vous devez déjà être au courant, le monde finira en 2012.

 

Des tas d'imbéciles le pensent, du moins, sous prétexte que les Mayas ont un calendrier qui s'arrête au 31 décembre de cette année-là et que des gourous de tout poil, qui n'ont pas retenu les leçons du passé (vous vous souvenez des prédictions de fin du monde de Paco Rabanne ? On y a tous survécu, même lui : c'est dire si le ridicule ne tue pas !), soutenus par des chercheurs de pointes tels Roland Emmerich à Hollywood ou Georges Lucas (qui, je vous le jure, refuse de préparer la troisième trilogie de Star Wars parce qu'il pense qu'il mourra comme tous les Terriens en 2012), matraquent les esprtis faibles avec l'idée que le monde pourrait bien s'achever à cette date.

 

Dans le monde réel, cette histoire à dormir debout me fait penser que certains feraient bien d'arrêter de polluer le monde dès 2012 avec leurs idées ridicules. Mais dans l'univers de la fiction, la fin du monde, c'est tout de même un beau sujet pour raconter des histoires (d'ailleurs, allez, c'est un scoop, je travaille sur un roman autour de ça, mais pas autour de 2012, tout de même, je serais obligé de le finir trop vite).

 

D'ailleurs un éditeur numérique lance un appel aux auteurs de genre, pour qu'ils lui soumettent des idées et des manuscrits sur ce thème. Les romans seront courts et percutants, ils seront publiés en version digitale.

 

Voici l'appel de Numériklivres :

 

Après tout, bâtir une collection numérique exclusivement consacrée à la science-fiction, à la fantaisie, au polar futuriste, voire pourquoi pas à la romance ou à l’érotisme apocalyptique (on vient d’inventer le genre), avec pour toile de fond la fin du monde de 2012, c’est une façon originale de vous fédérer, vous auteures et auteurs, autour d’un événement éditorial dont nous assurons la promotion pour vous, pour valoriser votre travail.

Qu’attendons-nous de vous ?

Pour participer à cette collection, vous devez nous faire parvenir un manuscrit original (fichier .doc, .rtf, Pages) par courriel. Votre manuscrit devra faire entre 15.000 mots minimum et 30.000 mots maximum. Ce n’est pas le format nouvelle, c’est ce que nous qualifierons de mini-roman. Les genres retenus pour cette collection 100% numérique sont:

  • Fantasy

  • Bit-lit

  • Science-Fiction

  • Polar futuriste

  • Romance, érotisme apocalyptique

  • Thriller scientifique

Outre le fait de respecter les genres pré-cités, vous devez absolument « mettre en scène » la fin du monde en 2012. L’intrigue peut se dérouler avant, pendant ou après le 21 décembre 2012. Cette date peut servir de chute à votre histoire.

Dans un premier temps, merci de nous faire parvenir un synopsis d’un maximun de 2 pages ainsi qu’une petite bio sur vous et de nous indiquer la date de remise de votre manuscrit. Bien sûr, votre manuscrit devra être validé par notre comité de lecture avant d’être publié avec un contrat d’édition à la clé (un vrai contrat d’édition).

Et pour plus d'infos, visitez le site http://enattendant2012.com/. Bonne écriture à toutes et à tous !

30/01/2011

Livre numérique et livre papier - le vieux débat

ordicarton.jpgUne étudiante vient de me poser par mail une série de questions sur la littérature numérique pour son travail de fin d'études.

Comme j'aime partager, je mets les réponses à disposition ici pour les lecteurs qui passent et en guise de suite au vieux texte que j'avais rediffusé il y a quelques jours.

Si vous avez d'autres questions et des réactions, n'hésitez pas à les partager !

1 - Publiez-vous vos livres sur internet et sur papier ?


Je publie constamment sur support numérique : j'anime deux blogs, je suis actif sur Twitter et Facebook. Tout ça, c'est de la publication numérique sur Internet. Parfois j'utilise ces canaux pour diffuser des textes littéraires mais ce n'est pas toujours le cas. Je publie aussi dans des revues numériques littéraires comme Bon-à-tirer ou ONLiT.

Contrairement à d'autres auteurs, je n'ai pas de lieu spécifiquement dédié à la publication littéraire sur le web : je mélange des bouts d'écriture de fiction avec des infos sur des sujets d'actualité, des idées pour tenter de faire avancer certains débats éternels, des infos pratiques...

J'ai publié pour la première fois un texte littéraire exclusivement en ligne en 1998. En Belgique, j'étais parmi les premiers auteurs à utiliser Internet pour diffuser des textes, gratuitement bien entendu. Depuis lors, nous sommes quelques millions à publier de la littérature en ligne... Sur le web, il n'y a pas lieu de distinguer un texte de quelques lignes, un commentaire, un site complet ou un fichier PDF. Les oeuvres numériques ne sont pas encore fixées en genres littéraires. Certains « auteurs » de statuts Facebook sont de vrais aphoristes alors que bon nombre de poètes qui proposent leurs textes en ligne me laissent plutôt de marbre.

Bien que je publie non stop en ligne, en coulée continue, à de rares exceptions près, la première diffusion de mes textes est presque toujours sur papier, parce que j'ai la chance d'avoir des éditeurs traditionnels qui ont encore envie de publier mes livres. Le monde du livre en librairie et celui des mots échangés numériquement sont en quelque sorte des univers parallèles et des médias indépendants.


2 - Que pensez-vous du récent engouement pour le livre numérique ? Selon vous, les lecteurs sont-ils réellement demandeurs ?


Dernièrement, on assiste avant tout à un engouement médiatique, que l'on analysera sans doute plus tard comme la plus belle manœuvre du service relations publiques d'Apple. Apple a mis les rédactions de presse du monde entier dans sa poche avec l'iPad, en faisant miroiter aux journaux que la presse écrite avait de l'avenir grâce à cette plate-forme. Les journaux adorent y croire, du coup, ils poussent de toutes leurs forces pour qu'arrive enfin le jour où tout le monde lira sur des tablettes payantes et où les éditeurs pourront continuer à vendre leurs journaux « comme avant ». Si on prend un peu de recul, on se rend compte que l'iPad d'Apple n'offre rien de bien neuf. Il propose ce qu'une tablette PC permettait déjà il y a dix ans, avec le sans fil en plus. On n'a plus besoin de stylet, mais sinon...

Les lecteurs sont-ils demandeurs ? Franchement, de nos jours, tout le monde se fout de ce que souhaitent les lecteurs, semble-t-il. On fait acheter ce qu'on veut aux gens si on le matraque suffisamment avec de la pub bien ciblée. Je pense que cet hiver a été la première année où les fabricants et les détaillants se sont mis à faire croire aux gens que c'était cool d'acheter des liseuses (Kindle, iPad, clones de toutes marques...) et, du coup, les ventes ont suivi. Les lecteurs sont soudain demandeurs parce qu'ils ont envie du gadget à la mode, pas parce qu'ils ont envie de lire sur écran.

La technologie a très peu changé au cours des dix dernières années. C'est le marketing qui fait soudain mousser de vieux engins technologiques. Les écrans à encre numérique ont fait des progrès incroyables mais ça ne se voit pas (pour le consommateur d'aujourd'hui, ce sont d'horribles écrans gris et noir), du coup les acheteurs foncent sur l'iPad et son écran scintillant plein de couleurs. Faites le test avec un bébé de vingt mois, lui aussi est plus attiré par l'écran en couleur qui bouge que par les lecteurs noir et blanc pourtant bien mieux pensés pour la lecture de livres.


3 - Pensez-vous que le livre numérique constitue une menace pour le livre papier ? A-t-il une place durable dans notre société ?


La lecture numérique a déjà pris une place considérable dans nos habitudes, grâce à Internet. Tout le monde ou presque lit déjà sur écrans. Et cela mange du temps, qu'on vole à d'autres médias : à la télé (c'est une bonne chose), à la lecture de presse (c'est considérable), à la lecture de livres (on constate une érosion des ventes de livres)... De là à ce qu'un média remplace l'autre ou le menace, il y a un pas que je ne franchirais pas tout de suite. Le cinéma n'a pas tué le théâtre ni la télé la radio. Mais l'imprimerie a remplacé la copie manuscrite dans de nombreuses fonctions. Le changement profond qui s'annonce, ce n'est pas le livre numérique qui menace le livre papier... c'est le papier numérique qui menace le papier traditionnel. Et ce bouleversement, nous allons le connaître dans les cinq ans à venir, je pense, du moins en Asie, où les unifs abandonnent le livre papier et les cahiers au profit de tablettes légères et bon marché où l'on lit et écrit. C'est annoncé en Chine pour 150 millions d'étudiants et en Corée pour tous les élèves. On interdit tout simplement les livres scolaires imprimés pour des raisons économiques et écologiques. Et parce qu'il n'y a pas assez d'arbres sur terre pour imprimer les livres dont la Chine a besoin.

Le livre numérique, sur ces nouveaux supports et sur d'autres à venir a évidemment une place durable. Essayez de trouver aujourd'hui une manuel d'utilisation de logiciel, de périphérique fourni autrement qu'en fichier PDF... Ça n'a pas pris dix ans pour que les manuels techniques basculent dans le numérique. D'autres exemples vont suivre et certains domaines, comme le roman, résisteront mieux que d'autres car ils sont parfaitement adaptés au support papier et ne supporteront pas bien la transposition numérique. Mais dans d'autres secteurs comme la presse écrite, la diffusion web en temps réel est autrement plus efficace que le journal imprimé une fois par jour...

4 - Possédez-vous une tablette numérique ? Pourquoi ?


Non, mais je lis énormément sur mon ordinateur portable, qui ne sert pas qu'à ça. Je n'ai pas l'intention d'acheter une liseuse tant que ce sont des objets chers et fermés. Le jour où on commercialise le papier électronique à 20 EUR pour un format A5, alors je m'y mets.


5 - Depuis l'année passée, les maisons d'éditions se sont-elles adaptées aux livres numériques ? Ont-elles mis en place certaines structures ?

Pourquoi depuis l'année passée ? Cela fait plus de dix ans que les maisons d'édition traditionnelle ne bouge pas et, au mieux, tentent de vendre des versions numériques de leurs titres au même prix que le papier ou presque. Elles ont peur de ne plus vendre de livre papiers. Or, on ne crée rien de bon quand on est motivé par la peur. Aujourd'hui, on ne vend presque pas de livres numériques mais on diffuse tous les jours des millions de contenus gratuitement sur le web.

6 - Selon vous, en tant qu'auteur, quel est l'avenir réservé aux librairies et bibliothèques ?

Les librairies et les bibliothèques, dans la chaîne du livre sont des intermédiaires entre les lecteurs et les livres, ils permettent de guider les premiers vers les seconds soit par des conseils (parfois), le plus souvent par une sélection et la mise en évidence des œuvres dans l'espace où circulent les lecteurs. Dans l'univers numérique, ce rôle existe encore, mais il n'est pas joué par des professionnels, aujourd'hui. Les lecteurs recommandent sur les réseaux sociaux les textes qu'ils ont aimé (livres, billets, blogs...). Ils les aident à circuler, à trouver leurs lecteurs.

23:16 Publié dans Ecriture | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : interview, nicolas ancion, livre numérique, ebook | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

27/01/2011

PPDA se plante dans ses fiches sur Beaumarchais

barbier.jpgPPDA se lance dans une belle envolée pour se défendre face à la "meute" qui lui en veut tant et tant depuis qu'on a relevé de lourdes traces de plagiat dans la version de sa biographie d'Hemingway distribuée "par erreur" (sic) à la presse, dédicacée par l'auteur.

Il s'est fendu d'un billet dans Le Monde aujourd'hui pour expliquer qu'il écrivait tout à la main, au stylo, et que son éditeur s'était planté dans les fichiers puis qu'il n'avait pas relu les épreuves avant de donner son bon-à-tirer parce qu'il représentait l'UNICEF au bout du monde, je vous passe les détails sauf un... qui est plutôt piquant.

Pour montrer qu'il est cultivé, PPDA ne se contente pas de parler de calomnie, il va jusqu'à citer une phrase de Beaumarchais. Je vous copie-colle cela pour vous éviter de lire toute sa prose larmoyante :

Bien avant d'autres, Beaumarchais avait fustigé dans Le Barbier de Séville, la calomnie. "Il en restera toujours quelque chose…"

Le hic, c'est que cette phrase ne figure pas dans le Barbier de Séville, elle n'est même pas tirée de l'oeuvre de Beaumarchais.

Beaumarchais parle bien de la calomnie dans cette pièce mais avec une autre verve :

BAZILE. La calomnie, Monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse !… D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné.

Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’oeil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

Voilà sans doute la preuve que PPDA n'utilise pas de fiches ! S'il avait recours à des documentalistes un peu compétents, il aurait attribué la citation à son véritable auteur et il semblerait que ce soit Francis Bacon, dans son Essai sur l'athéisme. Enfin, c'est ce que j'ai trouvé après quelques recherches sur Internet, un peu plus fouillées que la première occurence Google...

PS : le texte complet du Barbier est disponible chez Gallica, dans Wikisources et Google Books, notamment.

04:00 Publié dans Ecriture, Théâtre en cours | Lien permanent | Commentaires (4) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

05/01/2011

Qu'est-ce qui va se passer en 2011 ?

D'habitude, en début d'année, j'ai tendance à faire le bilan de ce que j'ai réussi à abattre comme boulot dans l'année qui s'achève, puis de dresser la liste de ce que je dois faire au cours de celle qui commence (j'adore rédiger des listes de choses à faire, ça m'évite de devoir les réaliser ensuite, même si j'ai presque autant de plaisir à les biffer quand je les ai accomplis ; je n'arrive pas à savoir ce que je préfère, à vrai dire, biffer ou lister).

 

Mais, là, je ne vais pas dresser de longue liste, juste signaler que c'est en février que sortira la première anthologie de textes publiés par le site ONLiT. Comme la couverture est très belle, je vous la colle ici :

25 wagons lits.jpg

Et comme ONLiT fait bien les choses, ce sera un gros livre plein de petits textes. Exactement comme sur le site sauf qu'on peut les lire partout et en tout temps, même quand il n'y a plus de courant et d'Internet (même après la fin du monde en 2012, donc : prenez vos précautions dès 2011).

 

Comme vous vous demandez certainement qui sont les 25 auteurs du recueil, en voici 24 en vrac : Felicia Atkinson, Alain Bertrand, Pierre Borion, Frédéric Bourgeois, Lucille Calmel, Corentin Candi,
Laurent D'Ursel, Serge Delaive, Cédric Francis, Corentin Jacobs, Edgar Kosma, Lario Lacerda, Pierre-Brice Lebrun, Benoit Leclerc, Karel Logist, Lucille Lux, Jacques Raket, Milady Renoir, Georges Richardot, Laurence Soetens, David
Spailier, Vincent Tholomé, Luc Vandermaelen, Andy Vérol. Pour le 25e, à vous de deviner.

 

Et puisque c'est de saison, je vous souhaite une année 2011 pleine de lectures passionnantes et d'écriture rebondissante !

11/12/2010

Le cadeau de Noël idéal !

Lhommequi.jpgLa chasse aux cadeaux est ouverte ! C'est chaque année le même cirque, il faut non seulement trouver des idées de cadeaux pour des tas de gens mais aussi en donner à plein d'autres qui ne savent pas quoi vous offrir.

 

C'est là que ce blog peut vous être utile !

 

Mon dernier roman est très joli, il est plein d'illustrations de Patrice Killoffer, il est imprimé sur du beau papier et, du coup, il est un peu cher. Ce n'est pas vraiment un tarif de livre de poche. C'est en revanche un très bel objet à demander à ceux qui vous aiment très fort.

 

(D'accord, s'ils vous aimaient tant que ça ils auraient eu l'idée eux-mêmes. Mais dites-vous bien qu'une petite suggestion pour un cadeau sur mesure vaut mieux qu'un cadeau mal choisi qui dort au fond de l'armoire jusqu'au prochain déménagement.)

 

Pour la Noël, offrez-vous donc ou faites vous offrir "L'homme qui refusait de mourir" (Éditions Dis Voir, 111 pages, ISBN 2914563574, 29 EUR).

 

Et si vous êtes timide, que vous n'osez pas suggérer vous-même ce cadeau, partagez ce lien sur Twitter, sur Facebook ou sur le truc que vous voulez. affichez-le à la fenêtre de votre appart, sur la portière de votre 4x4, portez-le en badge, même... Qui sait, ça donnera peut-être des idées à ceux qui veulent vous faire plaisir !

 

16/11/2010

L'Europe : qu'est-ce que c'est ?

twitt.jpgSuite à une question posée sur Twitter, j'ai sorti de mon disque dur un texte écrit il y a dix ans, après l'expérience terrible du Train de la Littérature Europe 2000.

Ces quelques lignes sont le début d'une longue nouvelle intitulée "La fuite des cerveaux" (on peut même la trouver en ligne au complet, pour ceux qui aiment utiliser habilement Google). Elles répondent assez bien à la question posée. (La voici, cette question "Je m'interroge : l'Europe, n'est-ce qu'une succession d'institutions dont on ne comprend rien du tout, en fait ?" et elle était posée par _slakh)

Et comme cette semaine se déroule à Cognac le festival Littérature européennes, il me semble que tout cela tombe bien...

 

 

Commençons par une expérience toute simple.

Prenez un seau d’eau. En plastique ou en métal, peu importe. Un seau galvanisé dans le nord de la Ruhr ou moulé dans une fabrique en Roumanie, ça ne fait aucune différence. Tout comme pour l’eau : de l’eau de pluie acide récoltée au cœur de la Forêt Noire ou de l’eau ferrugineuse lithuanienne, prenez celle que vous avez sous la main. L’essentiel est d’avoir un récipient rempli d’eau. Une baignoire ou une cuvette de W.-C. d’ailleurs feront tout aussi bien l’affaire.

A la surface de l’eau, déposez une tranche de pain blanc. Ou gris. Du pain de mie. Une tranche bien large. Posez-la à la surface de l’eau. Regardez le tout. Regardez bien.

C’est la Terre. Il y a quelques millions d’années.

Maintenant déchirez la tranche de pain en plusieurs morceaux, remuez l’eau avec votre main et choisissez un morceau qui flotte, au hasard.

C’est l’Europe.

Un bout de terre qui s’est lentement détaché du Pangée puis a dérivé pendant des millénaires.

Rien de plus, rien de moins.

Sur le bout de pain, si vous en avez l’envie, vous pouvez imaginer des fourmis, des moineaux, des autoroutes. Des centrales nucléaires, des barbelés et des pigeons qui s’envolent vers les nuages gris. Des fraises et des haricots.

C’est encore l’Europe.

Un bout de terre, un morceau de planète, qui s’évade lentement. Mais la terre est ronde. Et même à toutes jambes, on ne peut pas fuir très loin. Si vous regardez bien, vous verrez peut-être les tas de types qui s’accrochent au bout de pain pour ne pas glisser dans l’eau qu’il y a autour. Et qui tapent sur les doigts du voisin pour qu’il tombe en premier. Regardez bien, levez les yeux, vous ne verrez que ça. Ce n’est pas toujours drôle.

Alors, si vous préférez, vous pouvez vous asseoir au pied du seau et regarder votre croûte de pain à la loupe. Avec un peu de chance, si vous avez de bons yeux, vous apercevrez un train minuscule qui a quitté Lisbonne.

15/10/2010

L'homme qui refusait de mourir - bande annonce

Cette présentation a été réalisée en ligne avec Prezi, un outil de mise en page et d'animation disponible gratuitement. N'hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux et ailleurs.

 

Merci pour votre aide.

 

Pas vidéo cette fois (je ne disposais ni du temps ni du même budget que pour la sortie de "L'homme qui valait 35 milliards" l'an dernier) alors j'ai utilisé une illustration de Patrice Killoffer tirée du livre et le visuel de la couverture. Ça manque un peu de musique mais avec Prezi je pense que ce n'est pas encore possible.

 

L'essentiel, de toute façon, ne se trouve pas sur ce blog mais en librairie ;-)

 

PS : Les lecteurs de l'excellent blog de Thierry Crouzet verront dans cette dernière phrase l'antithèse de sa position d'auteur 2.0. C'est un clin d'oeil plus qu'une tentative de réponse contradictoire :-)