10/03/2011
Autant en emporte (si t'as plus de douze ans)
C’était Autant en emporte le vent
Cet après-midi là
Sur la télé slovaque
J’ai reconnu Clark Gable et Scarlett O’Hara
Un sigle en haut à droite
Interdisait le film aux moins de douze ans
Ils sont comme ça à la télé slovaque
Ils protègent leur audimat
Pour que dans douze ans ils puissent
Rediffuser les mêmes programmes
Certain que les plus jeunes ne les auront pas vus
Moi c’était la première fois que je voyais
Autant en emporte le vent en slovaque
Cet après-midi là
Je pense que je ne le reverrai pas
Dans douze ans
Et que je devais être trop jeune la dernière fois
J’aurais dû en profiter cette fois-ci
On n’est pas tous les après-midi
Devant la télé slovaque
Heureusement d’ailleurs
08:55 Publié dans À lire en ligne, Ecriture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : slovaquie, poésie, autant en emporte le vent, télévision |
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09/03/2011
Train de nuit
Le type à côté de moi a défait sa ceinture
Déballé son thermos
Bu deux tasses
Fouillé dans sa mallette
Il y a un cadenas rouillé
sur sa mallette en cuir
Elle est lourde il la traîne sur un diable
Pauvre type
Traîner le diable derrière soi
Ce n’est pas une vie
Dans sa mallette, le gilet fluorescent des cheminots, un mousqueton rouge qui dépasse, une bouteille d’eau pétillante et cette lettre qu’il sort puis déchire minutieusement.
Vous avez gagné à la loterie, dit-elle en flamand, vous avez été sélectionné pour la grande finale, vous êtes riche, vous êtes beau, vous êtes celui espérez être
Erreur
Vous êtes un autre
Vous êtes le voisin de train à la mallette
Beige en cuir cadenassé
Le cheminot à chemise bleue à cravate jaune
Vous êtes le type d'à-côté
Pas celui sur qui ça tombe mais l’autre
Celui qui y croit dur comme fer mais qui ne gagne jamais
Le type d'à-côté a délacé ses chaussures
Etendu ses jambes molles
Fermé les yeux
Il dort déjà le type d’à-côté
Et rêve à son enveloppe
Ou au monde qu’il inventerait s’il écrivait un peu
Demain il s’y mettra
Et moi aussi d’ailleurs
Demain, j’écris la fin du monde
08:48 Publié dans À lire en ligne, Poésie, Trucs en ligne que j'aime | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : train, poésie, cheminot, nuit, nicolas ancion, belgique |
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08/03/2011
La solitude, c'est toujours mieux à deux
Ça y est me revoilà assis
avec les doigts gelés
j’arrive à l’instant du froid
et je m’assieds
dans un machin qui ne bouge pas
c’est un restaurant je crois
il y a des gens attablés pas loin de moi
avec des airs de Polonais
en visite à la pizzeria
je me rends compte à quel point
ces textes sont dérisoires
pas vraiment des histoires
sans doute pas des poèmes
ma façon à moi de retenir le temps qui passe
de prendre des photos dégueulasses
avec les dents
et la mauvaise foi crasse
d’un grand enfant
j’avais envie de bouffe indienne
quelle drôle d’idée
à Varsovie
qu’à cela ne tienne
je n’en ai pas trouvé sur ma route
pourtant fort sinueuse
alors comme j’avais froid et faim
et qu’on peut mourir des deux
je suis entré au plus vite
dans ce boui-boui
fort respectable
et ça y est je suis assis
seul à ma table
on est toujours seul quand on écrit
d’ailleurs
c’est souhaitable
c’est pour ça qu’on écrit si peu
sans doute
parce que la solitude au bout du compte
c’est toujours mieux à deux
quoi qu’on raconte
08:45 Publié dans À lire en ligne, Ecriture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pologne, varsovie, poésie, nicolas ancion, littérature, solitude |
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07/03/2011
Dans le tram à Varsovie
Dans le tram ça faisait longtemps
que je n’avais plus écrit dans un tram
pourtant les rails
pourtant le bruit
la pluie battant sur le carreau
c’est comme si c’était hier
c’était il y a au moins cinq ans
Bruxelles
la poésie ne colle pas du tout à
Bruxelles
(dans le tram j’écrivais des romans)
les années ont passé
dans le tram ça faisait longtemps
que je n’avais plus écrit dans un tram
ce n’est pas un drame
mais d’être ici à Varsovie
juste à côté des doubles portes
avec le vent
avec la pluie
et le sol du tram glacé
qui colle aux pieds
j’en ai les doigts tout raides
à chaque arrêt
les portes s’ouvrent
les pneus de voitures lancent
des bruits d’eau qu’on écrase
des gémissements de freins
je suis dans le tram 29
ça ne s’invente pas
tram sale en site propre
et dans la nuit qui couvre la Pologne
je rejoins une dernière fois
l’hôtel de luxe
qui m’héberge
les feux tricolores les enseignes
dédoublés dans les flaques d’eau
ponctuent le trajet rectiligne
bientôt l’hôtel bientôt le luxe
puis la très très courte nuit
avant de dormir dans l’avion
combien de poèmes reste-t-il
avant de rejoindre la maison
et de ranger mon carnet
nul ne le sait sauf mon stylo
mais il ne compte jamais
que jusqu’à un
08:36 Publié dans À lire en ligne, Ecriture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tram, varsovie, poésie, carnet de voyage, littérature, nicolas ancion, pologne |
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04/03/2011
C’était sur MTV Allemagne

C’était sur MTV Allemagne
une caméra cachée
avec chrono
je n’ai jamais compris à quoi servait le décompte
mais un gros type à lunettes
bouffait de la saucisse bien grasse
avec ses doigts
avant de rendre aux clients effarés leurs photos développées
pleines de graisse et de traînées
C’était sur MTV Allemagne
en amerloque doublé de teuton
avec de la musique de fond
au même moment Michel Drucker
léchait les pompes de Pascal Sevran
ou peut-être le contraire
c’en était dégoûtant
devant le sourire complice de Geluck
la publicité les a interrompus
c’était Brise WC et c’était salvateur
un peu d’air frais chimique
après la merde publique franchouillarde
London Calling - The Clash
pour un résumé de foot sur Eurosport
les années passent
le monde ne bouge pas vraiment
il n’y a toujours que onze joueurs par équipe
ailleurs des flics en noir dans une banque enfumée
un Polonais en chaise roulante
des Taïwanais fachés
tout ça en quelques minutes
dans le poste à Katowice
publicité se dit Werbung
sur MTV Allemagne
mais c’est toujours la même soupe
en sachet
et des sonneries de téléphone
quoi qu’il arrive
après la pub toujours la caméra cachée
il faut que je me remette à écrire
car rien ne change jamais
sur MTV Allemagne
07:08 Publié dans À lire en ligne, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pologne, télévision, poésie, nicolas ancion, mtv |
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03/03/2011
Deux poèmes par jour
Au moins deux poèmes par jour
ce n’est pas le médecin qui le dit
c’est moi
et je ne suis pas médecin du tout
ni même poète
tant mieux
Au moins deux poèmes par jour
c’est simplement du plaisir
on n’a que la poésie qu’on se donne
ou qu’on s’offre
Au moins deux poèmes par jour
l’un sous la douche dès le matin
qui mousse sous les bras
et se mélange aux poils
Au moins deux poèmes par jour
l’autre tombe au plus mauvais moment
dans les toilettes du train
dans la file à la caisse
un gros poème joufflu
avec une casquette et des petites lunettes rondes
Sans les deux poèmes du jour
impossible de tourner la page
le soir
impossible de regarder le monde
qui tourne sous la neige
il faut alors rester au lit
rester au chaud
rester au calme
et lire les poèmes des autres
15:25 Publié dans À lire en ligne, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, nicolas ancion, écriture, littérature |
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02/03/2011
Entre Varsovie et Katowice
Entre Varsovie et Katowice
dans un compartiment surchauffé
j’ai vu défiler la Pologne
si plate
avec ses petits pins plantés
au milieu des lacs de neige
Entre Varsovie et Katowice
c’était déjà l’heure du dégel
et du crépu minuscule
qui se balade au crépuscule
sur les étendues glacées
trois femmes dans mon compartiment
l’une d’entre elles lit un roman
l’autre un fatras de papier
la troisième ronfle
comme moi
nous sommes au cœur de la Pologne
Entre Varsovie et Katowice
et d’un coup une des femmes demande
dans un très joli français
s’il ne fait pas trop chaud
qui le traduit aussitôt en joli polonais
tout le monde est bien d’accord
que le chauffage nous incommode
on se sourit en double langue
et l’air frais
oui l’air frais
celui qui caresse les oreilles rouges
d’un infime baiser
glisse par la porte entrouverte
jusqu’à mon cahier ligné
le train repart
emportant avec lui la petite ville
au nom imprononçable
et ses usines enneigées
Nous étions trois à lire
trois à parler français
dans le compartiment six
entre Varsovie et Katowice
23:34 Publié dans À lire en ligne, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pologne, train, poésie, nicolas ancion |
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28/02/2011
On est toujours jaloux de la littérature des autres
On ne choisit pas l'endroit où l'on naît
Encore moins le moment
Ça se fait comme ça neuf mois après un moment d'égarement
Ou de fureur terrible et passionnée
On ne choisit pas
On fait avec

On fait avec
ça pourrait être la devise de ma patrie
Je viens de Belgique
Ce petit pays dont on dit – en ce moment - qu'on ne le gouverne pas
Alors qu'il y a six gouvernements en place
- et un seul hors d'état -
Mais on fait avec on ne choisit pas
Je suis né là
au début des années soixante-dix
ces années qui n'ont jamais existé en Belgique francophone
on les a remplacées par les années septante
J'ai grandi dans ce pays-là
Avec de la famille dans celui-ci
J'aimais ce Québec où l'on faisait pousser mes deux cousines
Année après année
Dans des écoles fermées pour cause de tempête de neige
En hiver
- ça me faisait rêver -
Et fermées en été
une fois la neige fondue
Pour cause de vacances en Belgique
Dans le jardin de ma grand-mère
J'ai grandi avec dans un coin de la tête
Ce Québec-ci qui bouillonnait
Celui que l'on réécoute ce soir
Avec son français aux couleurs rouges d'érable
Avec ses mots et ses histoires
Dont je ne connaissais que les contours
et les échos
Ces histoires d'indépendance et de souveraineté
De combat pour la langue
Alors qu'on ne se battait chez nous que dans la cour de récré
Et encore pas très fort
On est toujours jaloux de la littérature des autres
Celle du Québec en ces années-là me faisait rêver
L'idée que la littérature puisse se chanter se gueuler
Se mêler au monde pour le changer
Se mêler de politique
Que les livres puissent s'écrire et se lire au milieu des gens
avec non seulement quelque chose à dire
mais aussi à gagner
Que la littérature risque par moment la prison
Ou la victoire
C'était à rendre pâle d'envie
Le petit Belge que j'étais
dans sa littérature endormie
Où l'on coupait les cheveux en quatre
Pour savoir si oui ou non
La Belgique
Ce petit machin laissé pour compte
Avait droit à son histoire
Ou si elle n'était qu'un département de France mal annexé
Mal indexé dans la grande histoire littéraire
Sorte de toilettes au fond du jardin de la Cacadémie française
Alors qu'ici
Non seulement il y avait une littérature
Mais elle se soulevait
Comme le couvercle d'une marmite à pression mal fermée
Comme la levure d'une génération
Une littérature levure poussée par son imaginaire
L'image me plaît
On voit les bulles d'air dans la pâte
Pour respirer
On est toujours jaloux de la littérature des autres
De toute façon
Et c'est très bien ainsi
La jalousie est un excellent moteur
De découverte
D'exploration
Et d'écriture
Aussi plus tard à l'Université
Quand j'ai dû lire et étudier ces textes aux titres importés
qui se mêlaient en une grande fête :
La vallée des rapaillés
Prochain épisode dans la vie d'Emmanuel
L'amélanchier hurle
ou encore
Salut, la grosse Galarneau est enceinte
J'avais l'impression que ma langue dans tous ces livres-là
Avait plus de sens que ma petite langue à moi
Qu'elle prenait de l'ampleur
Qu'on lui avait ajouté cette drôle de levure aux saveurs d'automne
J'avais l'impression que publier des livres et que monter sur scène
Cognait plus fort ici
Dans les veillées
Dans les assemblées
Dans les chansons
Que chez les vieux libraires d'Europe
Et dans ces universités poussiéreuses
Où la littérature ressemblait à un cadavre depuis longtemps enterré
Qu'on ressortait du formol pour mieux la disséquer
Mes impressions étaient sans doute fausses
Et déformées
Ce n'est pas grave
On est toujours jaloux de la littérature des autres
De toute façon
Et c'est très bien ainsi
Au même moment vous rêviez peut-être d'Hergé ou de Magritte
De Verhaeren ou de Simenon
Qui sait
C'est ce qui nous manque
qui donne envie de découvrir le monde.
On dit parfois que la littérature c'est l'évasion
Mais la littérature c'est le voyage et c'est la vie
C'est le rêve
C'est le réveil après le rêve
Et le sommeil quand on a les yeux cernés
Les yeux fermés et grand ouverts sur le monde intérieur
la littérature c'est tout ça et tout le reste
Et c'est si beau quand ça se partage
Sur la place du village ou les quais du métro
Que ça vaut bien une indépendance et une révolution
Mes impressions sons sans doute encore fausses
Et déformées aujourd'hui
Ce n'est pas grave
Elles m'ont permis de croire depuis toujours
Qu'on peut écrire tout seul
Dans sa petite langue à soi
Celle que l'on brasse à l'intérieur
Et que ces mots qu'on pense tout bas
Lâchés à haute voix
Sont les armes d'une révolution en marche
Une révolution qui ne s'arrête pas à un drapeau
À un combat
À un choix sur un bulletin de vote
Qu'elle est une forme de résistance permanente
Un acte de foi
Un passe partout
Qui ouvre une porte oubliée
Sur l'autre bout du monde
Sur un continent où l'on n'a pas encore mis les pieds
Où l'on retourne cependant chaque soir
Plein d'espoir
Tout seul
A sa table
Creusant à l'intérieur de soi
À l'intérieur des textes
Pour inventer ces pays libres qui n'existent pas
Tant qu'on ne leur a pas donné vie
On est toujours jaloux de la littérature des autres
C'est vrai
Mais à tout prendre l'herbe me semble plus verte sous la neige
D'une province qui veut s'émanciper
Que sous le ciel gris d'un pays morcelé
qui a renoncé à la fois
à la révolution et à ses rêves
Ce texte a été écrit et lu hier en public à Montréal, le 26 février, à l'occasion de la Nuit Blanche à la Grande Bibliothèque, dans le cadre du Cabaret Pas Tranquille, hommage à la littérature de la Révolution tranquille.
Le cabaret pas tranquille a été organisé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).
Merci au passage à l'UNEQ, qui a proposé de me joindre aux festivités (et tout particulièrement à Denise Pelletier, qui est aussi la photographe des deux clichés ci-dessus, en cours de révision et en cours de lecture) puis à Olivier Kemeid qui a orchestré la soirée.
11:06 Publié dans À lire en ligne, Ecriture, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : québec, révolution tranquille, poésie, nicolas ancion, nuitblanche |
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